jeudi 3 décembre 2009
Chronique d'une haine peu ordinaire n°12
samedi 21 novembre 2009
Le ruban blanc - Haneke
Difficile de faire la critique d’un film qui a reçu la Palme d’Or quelques moi auparavant…
Néanmoins, ça me semblait important, justement parce que je ne partage pas forcément l'avis général de la presse.
Réalisation superbe : une photographie très soignée, toujours équilibrée, extrêmement esthétique (ah, la poésie du noir et blanc !) - tout cela me semble indéniable. Il suffit de regarder cette affiche, magnifiquement composée, avec le regard profond de ce jeune garçon qui vous glace en pleine rue et jusque dans les couloirs du métro.
Oui, c’est là l’autre point fort du film : sa distribution. Tous les acteurs, y compris - et surtout - les enfants, sont d’une justesse folle. Poignants et sombres, ils portent véritablement toute l’histoire. Et c’est là où le bât blesse. Servi par des tâcherons aux regards moins troublants, à l’allemand moins délicieux, le film tomberait complètement à plat.
Le scénario pourtant est bien construit, mêmes les rares dialogues sont assez réussis… mais les thématiques du secret dans les petits villages, de la cruauté des enfants, de la rudesse de l’éducation dans les milieux très croyants au début du siècle, tout ça me semble usé jusqu’à la corde. Souvenez-vous du film dont nous vous avons parlé ici même, avec Brünnhilde, il y plus d’un an, Dorothy, dont l’histoire était basée à peu de choses près sur les mêmes éléments.
Rien de neuf, donc, et finalement une intrigue qu’on voit venir de très loin, rarement surprenante. Soit, Haneke ne veut sans doute pas faire dans le polar. Mais alors on aurait espéré un sujet traité avec un peu plus de profondeur, de symbolique… La poésie est là, la lenteur du rythme est bien réussi, mais on a l’impression qu’Haneke ne va pas au fond de son propos, l’exploite superficiellement.
Les psychologies ne sont pas superficielles, bien entendu, mais le mystère, le doute, n’est pas suffisamment déployé, on garde tous nos repères et l’on en sort moins retourné que ce qu’il ne "faudrait".
Sans parler de la fin qui, sur fond de contexte (prétexte) historique, frustre plus qu’elle n’ouvre de porte, plus qu’elle n’interroge profondément.
On aurait pu espérer un film certes peu original mais à la réalisation parfaite qui aurait éclipsé tous ses fades prédécesseur. Ce n'est malheureusement pas le cas.
Tout ce que je livre ici n’est évidemment qu’un ressenti, et l’on pourrait argumenter de façon tout à fait opposée. Seulement, la prédominance de l’esthétique sur l’efficacité se fait ici trop sentir et effleure l’exigeant spectateur , gavé de scenarii ineptes tournant à vide, qui se met à rêver d’un peu plus de fond dans un peu plus de forme.
samedi 24 octobre 2009
1894 - Lorin Maazel
Un opéra sur un sujet pareil peut surprendre.
Le livre semble si proche de nous, si actuel, que sa confrontation avec les clichés de l'opéra (le ténor qui pousse la chansonnette, le chœur de villageois stupides, la madame avec son casque à cornes acclamé pour son contre-ut) dérange quelque peu.
Et pourtant, ce 1984 est une vraie réussite, non seulement par l'adaptation très fidèle et condensée du livret, mais aussi par la qualité de la musique de Maazel et l'interprétation incroyable qui a pu être capturée en DVD - lors de sa création mondiale à Londres en 2005.
Tout d'abord, cet opéra est extrêmement accessible. N'y voyez pas là quelque pédanterie hypocrite, non, je ne pense vraiment pas qu'il soit nécessaire d'être habitué à l'opéra contemporain ou de se lever tous les matins avec le Requiem de Ligeti pour écouter ça.
En réalité, ça se regarde comme un film (certes un peu long, 2h30, mais ce n'est pas non plus excessif).
C'est sa densité et son langage très direct qui le rapproche du cinéma, mais avec quelque chose d'encore plus marquant : la conjugaison de la musique, de la mise en scène et de la performance des acteurs est bouleversante.
La musique de Maazel n'est d'ailleurs pas d'une modernité farouche ; assez frappante au début, peut être un peu rebutante, on s'y habitue très vite tout en restant saisi par ses nombreux effets. Outre son efficacité dramatique (on ne s'ennuie pas une seule seconde !) on remarque des motifs très parlants - Big Broooooother -, des fulgurances, et tout simplement des passages magnifiques, grandes envolées lyriques, comme le duo d'amour au deuxième acte, la séance de stretching ou la toute dernière scène du troisème acte.
L'insertion de chants "populaires" bien tonals au milieu d'une musique torturée (il faut bien que ça colle au sujet...) augmente aussi ce contraste et la puissance de certaines pages, tout en permettant de souffler quelques instants et de créer des ambiances très particulières.
Robert Lepage signe également une mise en scène parfaite, qui colle complètement au livret et en accentue toutes les situations. Les dispositifs scéniques sont en plus assez originaux, avec ces bâtiments pivotants à plusieurs étages, et surtout la conception de la salle 101, tellement évocatrice. En ajoutant que le côté esthétique n'est pas non plus oublié, loin s'en faut, on a du mal à s'en détacher !
Mais c'est du côté des chanteurs que c'est réellement époustouflant : j'ai très rarement vu, aussi bien au théâtre qu'au cinéma (et je pèse mes mots), une prestation aussi engagée que celle de Simon Keenlyside. A ce niveau là ce n'est même plus de l'interprétation, il EST Wilson et l'exprime avec tout son corps sans la moindre retenue. Mais le plus fort, c'est qu'il doit chanter en même temps ! Et là, c'est, comme toujours chez lui, magnifique et brûlant... Une performance qui ne peut pas laisser indifférent.
Dans le rôle de Julia, on a une Nancy Gustafson un peu plus en retrait, mais bien incarnée elle aussi, sa dernière scène est par exemple vraiment poignante.
Outre ses qualités vocales (le timbre est magnifique, et semble très aisé) Richard Margison est un excellent O'Brien, qui ne tombe jamais dans la caricature du gros méchant, au contraire presque doux, ça ne le rend que plus impressionnant...
Diana Damrau joue deux petits rôles : celui de la prof de gym et de la prostituée, mais qui sont très virtuoses et dans lesquels on sent qu'elle s'éclate complètement. Quelle maîtrise vocale ! Dans le même genre, Brownlee est impressionnant en Syme, les aigus sont magnifiques, même si le jeu reste au second plan.
Bref, un très bon moyen de rentrer dans l'opéra, et plus particulièrement du XXe siècle - puisque malgré sa date de création, il est plutôt stylistiquement encré dans la deuxième moité de celui-ci. Et surtout l'occasion de voir un spectacle incroyable, dont on garde un souvenir très fort, faites-moi confiance...
Wotan
vendredi 16 octobre 2009
La consternation
La Proposition
samedi 26 septembre 2009
L'heure est grave !
jeudi 17 septembre 2009
Chronique d'une haine peu ordinaire n°11
mercredi 2 septembre 2009
Whatever Works


samedi 27 juin 2009
Lars von Trier - Antichrist
Le dernier film de Lars von Trier a beaucoup fait parler de lui il y a quelques semaines, essentiellement en mal, il n'en fallait pas plus pour me mettre l'eau à la bouche...
Le film débute par un Prologue pour nous planter le décor : un couple perd son petit garçon dans un bête accident. Jusque là rien d'extraordinaire. Filmé au ralenti, en noir et blanc, sur fond de la musique de Haendel (le célèbre Lascia ch'io pianga dont j'ai mis la très belle interprétation de Cecilia Bartoli en fin d'article pour que vous puissiez l'écouter durant la lecture, si le coeur vous en dit) certains trouveront ça nunuche mais c'est assez émouvant, loin de tout pathétique larmoyant.
L'histoire débute donc avec cette jeune mère, Charlotte Gainsbourg, qui vivra très mal son deuil, sans cesse prise de vertiges voire de crises assez violentes. Son mari, évidemment psy, finira par essayer d'analyser l'origine de son trouble en plongeant dans ses souvenirs et ses peurs. Peu à peu, certains détails et son attitude vont lui sembler de plus en plus étranges, jusqu'à... vous verrez par vous même.
Pour moi, c'est d'abord la dimension symbolique et surtout psychanalytique, qui est vraiment passionnante. Peu de films s'avanturent si loin dans ce que peut renfermer un esprit, avec toute sa perversité. Ici, on entre littéralement dans l'esprit ET le corps de cette femme, pour s'en éloigner au fur et à mesure et adopter le point de vue de son mari, spectateur de quelque chose qui le dépasse totalement.
Il y a une tension incroyable, qu'on sent grandir, tandis qu'on se sent perdu avec des éléments de surnaturel qui viennent peu à peu se fondre avec la réalité, sans jamais de limite très distincte. Ça peut sembler décevant ou maladroit, en tout cas c'est volontairement déstabilisant. Toutes les questions restent ouvertes à la fin, et personnellement j'ai été un peu frustré d'en manquer concernant la psychologie de la mère... ou en tout cas insatisfait des réponses qu'on semble nous donner. Je ne veux pas trop en dire mais d'ailleurs je ne trouve pas le titre très pertinent, c'est pour moi un élément au second plan et qui me décevrait s'il en constituait une "explication".
On a beaucoup glosé autour du gore dans ce film, je crois que c'est passer à côté du plus important. Il n'y a vraiment qu'une scène qui m'a fait me sentir très mal pendant une dizaine de minutes, et même hésité à sortir prendre l'air. C'est peut être plus du "gore psychologique", de l'empathie pour la personne qu'on imagine souffrir terriblement, en tout cas pas du gore "boyaux qui giclent dans tous les sens et du sang partout". D'autres petites choses pas très ragoutantes mais en général c'est plutôt supportable.
Il faut aussi que je parle des acteurs, avec d'abord Charlotte Gainsbourg qui est véritablement incroyable. Le nom ne me disait rien qui vaille, mais elle a amplement mérité son Prix d'interprétation féminine, parfaite dans toutes les facettes de cette femme si mystérieuse. William Dafoe parvient moins à tirer son épingle du jeu, son personnage reste sobre, mais c'est excellent tout de même.
J'ai beaucoup aimé l'esthétique générale du film, avec une image toujours très soignée et efficace à la fois, une ambiance et une tension parfaitement amenées.
Bon, ceci dit, on en ressort pas franchement enthousiasmé, plutôt complètement hagard et déconfit... Si jamais vous ne vous sentez pas très bien ces temps-ci, un peu paumé, que vous avez raté votre bac à cause de cette foutue épreuve de philo, je vous le déconseille vivement, ce serait dommage de vous jeter sous un bus dix minutes plus tard...
lundi 22 juin 2009
Chronique D'un Bac ordinaire : Bac d'anglais 2009
| No longer mourn for me when I am dead | ||||
| Then you shall hear the surly sullen bell | ||||
| Give warning to the world that I am fled | ||||
| From this vile world, with vilest worms to dwell: | ||||
| Nay, if you read this line, remember not | ||||
| The hand that writ it; for I love you so | ||||
| That I in your sweet thoughts would be forgot | ||||
| If thinking on me then should make you woe. | ||||
| O, if, I say, you look upon this verse | ||||
| When I perhaps compounded am with clay, | ||||
| Do not so much as my poor name rehearse. | ||||
| But let your love even with my life decay, | ||||
| Lest the wise world should look into your moan | ||||
| And mock you with me after I am gone. |
vendredi 19 juin 2009
Chronique D'un Bac ordinaire : Bac de math 2009
jeudi 18 juin 2009
Chronique D'un Bac ordinaire : Bac de philosophie 2009
lundi 15 juin 2009
Rumble Fish


mardi 12 mai 2009
Chronique d'une haine peu ordinaire n°10
mardi 28 avril 2009
du côté de chez Fante

vendredi 10 avril 2009
Muddy Waters
Une guitare, une fine moustache, une voix et une présence uniques : Muddy Waters

J’ai un article de musique sous le coude en ce moment mais ça m’aurait un peu emmerdée de caser un chanteur de cette trempe entre Sliimy et Hugh Coltman.
Comment expliquer l’influence que Muddy Waters a eu sur la musique blues mais même sur la musique en général ( folk, rock , jazz) n’oublions pas que c’est tout de même lui qui a mis le pied l’étrier à chuck Berry et que les Rolling stone choisirent leur nom en hommage à une de ses chansons .
Le blues est une musique qui de par ses origines fait appel ( il me semble ) à des choses assez primaires en nous. D’abord une sorte de douleur fondamentale sans laquelle rien ne peut être , mais aussi des joies , des plaisirs simples et brutaux qui font toute la couleur et l’intérêt de la vie. C’est une musique qui vient du sud des états unis et ça se sent .
La voix de Muddy Waters a quelque chose qui m’a toujours profondément touchée
La première fois que j’ai entendu une de ses chansons, c’était « Gypsy woman », je devais avoirs 15 ans ( oui c’est pas si vieux ) j’ai tout de suite compris que je n’arrêterai jamais de l’écouter.
Pourtant j’ai par la suite découvert d’autres grands chanteurs de blues qui m’ont à leur tour profondément troublée ( John Lee Hooker par exemple) , je suis allée voir les origines de cette musique à l’époque où l’on croyait que Robert Leroy Johnson avait vendu son âme au diable pour acquérir une parfaite maîtrise du blues et c’est vrai que quand on écoute Johnson y’a de quoi avoir des doutes .
Je suis allée fouiner du côté du delta blues ( né dans le delta du Mississippi) où l’on croise des chanteurs comme Son House, mais malgré tout, pour moi aucun ne peut dépasser Waters.
Pourquoi ? Allez savoir, il a été le premier bluesman que j’ai entendu, peut-être que je lie sa voix à la découverte du genre…ou bien c’est peut-être juste quelque chose de physique qui repose sur le ressenti…Parce que quand il lâche un « I’m a man » déchirant dans son micro, ça a une consonance bien particulière, ça raisonne en vous, l‘âme et le corps vibrent de concert , ça veux dire quelque chose.

En tout cas depuis 3 ans, il fait partie des chanteurs que j’emporte toujours avec moi, en vacances, en ville sous la pluie , dans la voiture , dans les couloirs entre deux cours. Quand les choses vont vraiment mal ( grosse période d’insomnie ) le simple fait de l’écouter me redonne du courage et me fait me sentir moins seule ( pas que je sois mal entourée mais à quatre heures du mat’ on est toujours un peu abandonné ).
Voilà pourquoi je fais cet article, pour que peut-être quelqu’un le découvre et à son tour ne soit plus seul, pour ceux qui le connaissent déjà et bien vous pouvez toujours le réécouter ou m’envoyer des mots d’insultes si vous trouvez mon article incomplet (éviter d’être trop méchant car à partir d’un certain point ça m’excite…hum hum, bref…)
On peut ne pas accrocher totalement au blues ( moi-même je suis très loin d’être une spécialiste ) mais il est difficile de nier que cette musique parle de ce qui est commun à tous les hommes, notre simple condition de mortel .
Découvrez Muddy Waters!
Brünnhilde
samedi 4 avril 2009
Bad dreams in the night...

La nuit du chasseur
réalisé par Charles Laughton en 1955
Ahhhhh Robert Mitchum, je ne veux pas insister mais quand même ahhhh ROBERT MITCHUM … je me souviendrai toute ma vie de cette scène dans « River of no return. » où il frictionne Marilyn Monroe avec une couverture, un des grands fantasmes de mon début d’adolescence. Desproges avait dit de lui qu’il faisait « vibrer les femmes amoureuses de l’amour » qu’ajouter de plus ?
Bon pour en revenir au film un petit résumé . Harry Powell un homme charmant , Prêcheur et tueur psychopathe à ses heures perdues, sillonne le pays à la recherche de riches veuves à dépouiller et à charcuter … oui bon,c’est un film noir .
Un jour notre brave Harry se fait arrêter pour un vol de voiture, après avoir été jugé il va purger sa peine en prison. En taule il fait la connaissance d’un condamné à mort qui aurait apparemment caché le butin d’un braquage dans sa ferme. Bien décidé à mettre la main sur cet argent une fois dehors, Harry met le cap sur la ferme de son défunt compagnon de cellule.
La veuve, qui est une jeune femme bien sous tout rapport mais qui n’a néanmoins pas inventé la machine à cintrer les bananes tombe bien entendu sous le charme du prêtre itinérant et l‘épouse ( bon en même temps on la comprend, personnellement Robert Mitchum en soutane moi ça ne m’évoque que le viol et la dépravation ) . Et c’est à ce moment là que les choses se gâtent…tan tan tan .

J’ai pris un réel plaisir à voir ce film, je crois pouvoir dire sans trop m’avancer qu’il n’a pas mal vieilli.
Bien sûr Mitchum est impressionnant et pas seulement de par sa stature, son regard presque transparent a quelque chose qui vous glace , il est malsain et dérangeant, une incarnation du mal endormant les gens naïfs par des discours faussement vertueux.
Et si le personnage d’Harry résume le monde à l’amour et à la haine, comme en témoignent les tatouages sur chacune de ses mains, le film lui est tout en nuances.
Ce qu’il y a aussi de vraiment séduisant dans ce long-métrage c’est son esthétisme, le noir et blanc y est pour beaucoup mais l’utilisation de la lumière et la mise en scène sont ,on le sent bien, réglées au millimètre.
Notamment un passage dans la chambre à coucher entre Harry et la veuve qui est vraiment magnifique . Le jeu de lumière dans la pièce et sur le visage de Mitchum donne à la scène quelque chose d’irréel, un moment suspendu quelque part entre le beau et l’effroyable .
« le beau n'est rien que le premier degré du terrible » s’empresserait de souligner mon prof de philo.
Alors je vous l’accorde le film est peut être moins effrayant qu’au jour de sa sortie,c’est un fait. Mais l’angoisse est pourtant bien présente quand nous assistons impuissants au spectacle de cette jeune femme crédule qui laisse le grand méchant loup s’engouffrer sous son toit.
Alors que les enfants s’endorment, comme le chasseur tapis dans l’ombre , il attend.
« Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous, sous des vêtements de brebis; mais au-dedans, ce sont des loups rapaces. »
Brünnhilde
mercredi 18 mars 2009
Chronique d'une haine peu ordinaire n°9
Partons pour vous à la découverte de ce lieu insolite…
Tout d’abord, vous devez vous munir de votre Carte d’Etudiant, de Chômeur ou de Glandeur invétéré (mais vous pouvez aussi, comme moi, cumuler les trois) afin de la présenter au surveillant dont le sourire bienveillant est assorti à la chaleur du hall carrelé de gris façon pierre tombale. Vous apercevez alors la queue qui fait deux fois le tour de la pièce avant pénétrer dans la cafétéria et maudissez tous ces imbéciles qui n’ont décidément rien de mieux à foutre que d’aller manger pendant les heures de repas, franchement, quelle idée…
Et ce n’est rien comparé aux jours « spéciaux » pour lesquels s’ameutent les badauds venus de toute la ville. Vous pouvez en contempler les menus sur les superbes affiches vous invitant à « Bruncher » le dimanche ou à la « Spaghetti Party entre amis du samedi midi »… la fantaisie du chef n’a pas de limites !
C’est donc une demi-heure plus tard que, plateau en mains, vous découvrez le menu du jour, établi par des nutritionnistes venus de toute l’Europe pour vous offrir les mets les plus raffinés et équilibrés possibles. Lundi : pâtes, brocolis, poisson - Mardi : pâtes, saucisses - Mercredi : frites, haricots, poulet - Jeudi : pâtes, haricots de la veille, wings (si quelqu’un connait la composition de ces machins, merci de me contacter) - Vendredi : patates, frites, brocolis - Samedi : pâtes, frites, cassoulet, choucroute, hachis-parmentier - Dimanche : pain, eau.
Sachant que tous les jours de la semaine vous avez aussi l’alternative d’une pizza aux ingrédients aussi inattendus que thon, kebab ou tartiflette…
Vous sont même proposés des desserts « gourmands » (hahaha) tels que des yaourts, diverses crèmes aux parfums non-identifiés, de vieilles salades de fruits en cours de lyophilisation ou des tartes aux surprenantes framboises de la taille de mon poing.
Avec tout votre petit repas composé, salivant d’avance, vous vous approchez inexorablement de la caisse. Vous ne pouvez éviter la confrontation avec le Grand Inquisiteur qui condamne votre existence sur cette planète d’un coup d’œil assassin, saisit le billet que vous lui tendez vaguement puis vous lapide de pièces jaunes avant d’achever vos tympans d’un « Au suivant » à faire se retourner Marat dans sa baignoire.
La salle est bondée, tout le monde vous observe, le bruit de vos semelles vous indique que les femmes de ménage se sont encore amusées à nettoyer le sol avec du sirop d’érable, vous êtes exaspéré et honteux d’entendre trois fois de suite un abruti vomissant son « y a quelqu’un » en désignant la personne qui ne se trouve pas en face de lui... Puis, soudain, vous repérez une place libre dans un petit coin bien tranquille. Personne autour, pas trop de miettes, le broc est presque plein...
Mais le repos est de courte durée. S’il y a un taré dans le self, c’est systématiquement en face de vous qu’il viendra s’asseoir. Vous ne savez pas, votre tête leur revient… Tout y passe, du couple de boliviens hystériques qui hurlent « yé té yourrre ké yé vé te lancé lé plat dans la téte » et vous arrose de riz aux petit-pois, jusqu’au tétraplégique dont les bruits buccaux vous rappellent vos plus beaux concours de pets en colo, en passant par le pauvre type qui a l’air de porter toute la misère humaine sur son dos, patouillant dans son assiette avec désespoir et pour qui chaque bouchée est un supplice insurmontable. Vous aimeriez presque abréger ses souffrances en l’étouffant dans sa macédoine prémâchée et prédigérée…
Avec tout ça, inutile de vous dire que vous avalez votre repas en quatrième vitesse et sortez avec cette impression de d’échapper à une longue séquestration dont les séquelles barbotent mollement dans votre estomac engourdi par les substances insanes. Mais après tout, est-ce si grave ? Cela nourrit, c’est l’essentiel…
De toute façon, vous le savez bien, vous reviendrez demain…
Wotan
samedi 28 février 2009
James et les blaireaux
James Hunter

Je vais vous faire une confidence je suis amoureuse de James Hunter… si vous aimez la musique noire ou que vous regrettez le bon vieux swing des années 60 alors attention le bel anglais de 46 ans risque aussi de vous faire chavirer .
Par contre ne vous étonnez pas si son nom ne vous dit rien , James Hunter n’est pas friand des grosses promos et il ne cherche pas à vendre à tout prix , il se contente de faire sa musique et ses chansons sans se soucier une seconde du succès ou de ce qui se trouve être en vogue .
La soul est un style qui m’a toujours parlé, bien que je ne sois pas une spécialiste, je reste une vrai adepte de chanteurs comme Ray Charles, Marvin Gaye ou The Temptations .
Du coup bien sûr la première fois que j’ai entendu la belle voix chaude du soul man britannique ( que je pensais être celle d’un afro américain ) j’ai littéralement fondu sur place . Je me suis donc précipitée sur Internet pour savoir qui était à l’origine de mon trouble, après avoir glané quelques infos plus ou moins bien traduites par mes soins ( yès of course Aïe spike inglish ) j’ai fait des pieds et des mains pour me procurer un de ses albums.
J’ai finalement mis le grappin sur « The hard way » pas le meilleur de ses disques selon les puristes ( le top du top étant « People Gonna Talk» ) mais peu importe j’adore cet album . Oui je suis totalement accro et quand personne ne fait attention à moi je fredonne « Strange But True » ou « Jacqueline ». Pour moi qui suis une angoissée de la pire espèce cet album est un petit moment de paix entre deux brûlures d’estomac.
Alors certains dirons ( je ne citerai aucun nom ) que c’est trop old school mais peu importe ! A mes yeux James hunter reste le plus envoûtant des anachronismes et si nous étions en 1960 je graverai mes initiales sur son 45 tours ! Na!
Découvrez James Hunter!
Les Blaireaux
Passons du côté de la chanson française, contrairement à ce que pensent pas mal de mes congénères, je ne me suis pas arrêtée à Brassens ou à Brel , non , la nouvelle scène française a elle aussi toute mon attention surtout quand elle me permet de découvrir des groupes comme « les blaireaux » . Joli nom n’Est-ce pas ? La première chanson que j’ai entendue d’eux « des moustaches a la nietzsche»m’a tellement plu que je n’ai cessé de l’écouter en boucle ou même pire de la chanter ( aha et oui !) toute la semaine !!!
Une bonne musique ( qui vous reste dans la tête environ 3 jours ) des paroles originales et drôles, j’étais curieuse de voir si ils étaient capables de tenir la distance sur tout un album…et bien oui , ils y arrivent sans problèmes, avec des chansons toutes plus délirantes et décalées les une que les autres ! Ils savent jouer de tout ce qui fait les beaux jours de la nouvelle scène française.
Ça a des airs de Benabar chaque texte est un peu comme un mini scénario, alors bien sûr si ce genre de musique vous laisse froid passez votre chemin .Le groupe s’est d’abord fait remarquer en faisant des reprises, puis est passé un peu plus tard au compos personnelles, leur présence scénique et ce côté déjanté ont eu vite fait de leur forger une solide réputation de « groupe de scène ». Alors que vous dire, allez les voir en concert ou achetez leur dernier album , mais surtout écoutez donc leurs conseils et faites comme eux pour vivre heureux, vivez perché !
Découvrez Les Blaireaux!
Brünnhilde
dimanche 15 février 2009
Glass, Les Enfants terribles
Quoi ? Vous ne connaissez pas ? Tout de même, je suis sûr qu'une petite génération bercée par La Belle et la Bête (de Cocteau, pas le honteux Walt Disney) a tressailli en voyant ce nom (mais je ne dirai pas s'il s'agit d'un tressaillement de plaisir ou d'effroi). Même aujourd'hui il y a une vague de glassiens incontrôlables qui revient (mais je ne dirai pas non plus le pourcetage d'entre eux qui est sous Prozac)...
Bref, vous l'avez compris, je ne voue pas un culte aux minimalistes répétitifs, Glass le premier. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce style, il s'agit la plupart du temps, toute mauvaise foi mise à part, bien entendu, de jolis arpèges d'accords parfaits qui s'enchaînent les uns aux autres avec une obstination forçant le respect et créant ainsi une élégante atmosphère qui rappellent les plus beaux voyages en ascenceur.
C'est ainsi que, après avoir entendu quelques oeuvres du cher Philipp mais ne voulant pas me résoudre à porter un jugement définitif, j'ai remarqué que son opéra Les Enfants terribles était donné au petit Théâtre de l'Athénée avec des place au prix dérisoire. Il n'en fallait pas moins pour éveiller mes penchants masochistes (qui ne dormaient déjà pas beaucoup) et me voir accourir quelques jours plus tard.
Seulement, je suis très naïf, je croyais enfin pouvoir me faire un avis figé bien confortable sur Glass, mais je crois que je vais être obligé d'en réécouter...
Je sais que Les Enfants Terribles n'est pas son chef d'oeuvre (même des amateurs de Glass m'ont avoué trouver ça ennuyeux), j'essaierai sans doute d'écouter le fameux Akhnaten dont on dit tant de bien.
En jetant un coup d'oreille aux post précédents sur Schreker ou Wagner, vous comprendrez aisément que j'aime les musiques un peu consistantes, et ici la présence de trois pianos a sans doute fait passer un peu la chose, ça m'a semblé moins vide que ce que je connaissais déjà. Le "prélude" et quelques passages uniquement instrumentaux étaient pas mal, pas si simple que ça et avec une écriture pianistique qui m'a semblé assez intéressante, mais dès qu'il s'agissait d'accompagner les voix, ça devenait mortel. La musique reste très illustrative, voire décorative, impossible de se concentrer sur cet élégant fond sonore sans s'ennuyer ; alors on écoute le chant... Mais encore, hormis quelques passages, c'est d'une platitude rare, Glass sacrifie la courbe vocale pour une prosodie proche de la voix parlée ; alors on écoute ce qu'ils disent... Et là, ça dépend du goût de chacun, j'ai bien aimé La Machine infernale, mais il faudra m'indiquer l'intérêt de cette pièce de Cocteau (encore et toujours). Je n'ai peut être pas tout perçu mais avec cette intrigue fade enrobée d'une poésie qui se regarde le nombril, je me pose des questions...
Ceci dit, je continue à trouver qu'il y a des qualités dans la musique : de la poésie parfois, dans les passages instrumentaux, le final aussi assez efficace même si on aurait pu attendre quelque chose d'un peu plus torturé (mais il y a déjà des dissonnances, il faut pas trop en demander). Bref, ça reste ponctuel, la plupart du temps ça se cantonne à une jolie ambiance superficielle, mais je ne désespère pas de Glass !
Quelques mots sur la représentation tout de même, où il faut signaler la performance des chanteurs, qui sont d'ailleurs plus acteurs que chanteurs à en juger par leur technique, mais une diction irréprochable et un jeu plutôt convainquant. Mise en scène avec de jolis effets visuels mais pas passionnante non plus, ça s'accordait finalement bien avec la musique et le livret...
Bref, je sais que le début de l'article (un peu le milieu et la fin aussi) laissent penser que je déteste Glass plus que tout mais en fait ce concert m'a donné un peu d'espoir, m'a laissé entrevoir des bribes d'intérêt diluées dans une heure et demie d'ambiaces surannées.
Wotan
mardi 10 février 2009
Schreker, Die Gezeichneten
Aujourd’hui, pour les amateurs de classique qui traîneraient dans le coin, présentation d’un compositeur relativement méconnu et d’un DVD.
Méconnu n’est sans doute pas le terme, son nom est familier de la plupart des mélomanes un peu curieux, il est joué de temps à autre au concert et a été gravé plus d’une fois… Mais force est de constater que lorsqu’on prononce le nom de Schreker, ça évoque plutôt un ogre vert ou bien quelque personnage de Star Trek.
Je ne vais pas tenter ici de réhabiliter la réputation d’un compositeur génial longtemps dénigré, d’autres l’on déjà fait bien mieux que moi, mais c’est assez édifiant de lire dans Histoire de la Musique Occidentale des Massin, au milieu d’un paragraphe d’une dizaine de lignes dans ce pavé de 1300 pages, « il était un compositeur de médiocre envergure (il ne sut jamais trouver de style personnel) ». Inutile de dire que c’est on ne peut plus faux, lorsqu’on le côtoie un peu un reconnaît très vite sont style très dense, aux harmonies miroitantes, fourmillant de phrases musicales et en même temps sensible aux textures orchestrales. Je sais que tout le monde n’est pas d’accord avec moi, mais si je devais le comparer à un auteur, ce serait certainement Huysmans. Un Huysmans un peu sage, moins venimeux, mais dans ce style à la fois très fluide et granuleux, extrêmement coloré et avec des sommets incroyables comme chez Wagner. La comparaison n’est pas innocente, il s’agit bien de deux décadents. Je ne vais pas m’aventurer dans des définitions stylistiques qui me dépassent mais le décadentisme est, en gros, un mouvement artistique du début du XXe dans lequel on peut trouver, par exemple, Richard Strauss (le compositeur d’Elektra, pas Johann l’aimable auteur de valses viennoises). Il en est le plus connu, mais il en existe bien d’autres qui se sont beaucoup inspiré de lui, poussant le plus possible son esthétique postromantique aux harmonies torturées, son raffinement extrême en même temps que son épanchement presque incontrôlable et sa complexité.
Bref, son chef d’œuvre, Die Gezeichneten (qu’on peut traduire par Les Stigmatisés ou Les Réprouvés) est l’opéra de la décadence, de par son style mais aussi son sujet : on plonge l’Italie du début du XVIe où un homme très laid, bossu, a utilisé sa fortune pour créer une île paradisiaque aux architectures rutilantes et aux jardins somptueux, peuplée de faunes dansant nuit et jour. Mais Alviano n’ose y aller, de peur de profaner un tel lieu de sa laideur, alors ses amis issus d’une noblesse un peu dégénérée en profite pour y organiser des orgies en enlevant les filles des aristocrates de la ville. Je ne vais pas tout vous raconter, mais il y a ensuite une histoire d’amour un peu étrange entre Alviano et la jeune fille d’un aristocrate, Carlotta, qui donne un duo psychanalytique magnifique au deuxième acte sans jamais tomber dans la mièvrerie. S’en suivent évidemment des rebondissements et intrigues un peu glauques, propres à tout bon opéra…
Bon, j’ai déjà fait une jolie tartine, je pense que je peux commencer ma critique du seul DVD des Gezeichneten existant : celui dirigé par Kent Nagano et mis en scène par Nikolaus Lehnhoff.
Tout d’abord la direction de Nagano est très soignée, poétique, attentive aux textures et couleurs mais parfois un peu trop sage et ne rend pas bien compte des audaces ou de la modernité de la partition.
C'est un peu la vision qu'offre aussi la mise en scène de Lehnhoff, esthétisante avec ce grand décor symbolique et tous ces éclairages (d‘ailleurs superbes). L'aspect décadent est bien mis en valeur par cette immense statue effondrée qui prend toute la scène, dans une matière qui rappellerait une pierre décrépie, et ces arcades qui l'entourent, on sent comme une grandeur qui s'étiole. Et puis les costumes sont plutôt réussis, des espèces d'influences de costumes aristocratiques des siècles précédents ou même d'armures de chevaliers dans des matières modernes, le tout dans un noir très sobre mais élégant. Par contre les chanteurs ont l'air de crever de chaud là dedans, ils transpirent comme des bœufs.
L'idée de transformer Alviano en un espèce de travesti est plutôt intéressante puisque ça ne tombe jamais dans la caricature et ce n'est pas non plus énoncé de manière trop évidente ni vulgaire.
Brubaker, qui interprète Alviano, est déjà laid, mais sa voix aussi (sans être mauvais non plus) donc ça reste cohérent… C’est un peu étrange car vocalement il est engagé mais théâtralement il y a des hauts et des bas : pendant son deuxième duo avec Carlotta, tandis qu'il n'a que peu de répliques, c'est tout à fait convainquant, mais le troisième acte où il change totalement de jeu (d'ailleurs le changement de costume n'est pas des plus subtils) sa panique sonne faux, son délire face à Carlotta à la fin encore plus.
Il faut dire que ce dernier acte m'a semblé particulièrement mal réalisé, sans urgence, la mise en scène offre une peinture trop sobre de cette île qui est censé être exubérante, orgiaque, mais ici on ne voit que des faunes à demi nus marchant le plus lentement possible, on reste trop dans la même esthétique que les deux premiers actes.
D'ailleurs la Carlotta de Schwanewilms m'a beaucoup plu, mais on est ici beaucoup plus face à une femme très séduisante et jouant avec cela (comme lorsqu'elle met littéralement Salviano à nu pendant leur duo du deusièpme acte) qu'à la jeune fille un peu froide et mystérieuse du livret. Ca reste très intéressant, et c'est surtout interprété magnifiquement, mais ça perd de sa force lors du changement d'état d'esprit du III.
J'aime décidément beaucoup Michael Volle, très impliqué scéniquement et vocalement, mordant dans tous les mots, il est impressionnant en Vitelozzo, le gros méchant de l‘histoire….
Et puis l‘un des gros soucis se sont les coupures dans la partitions : l‘opéras est censé durer une bonne demi-heure de plus ! Des scènes ont été entièrement supprimées, donc certains personnages secondaires, et le début du troisième acte qui peint superbement l‘île a été amputé d‘une bonne partie…
La mise en scène se centre sur l'action entre Carlotta et Alviano, en rajoute un peu en montrant les nobles décadents venus faires leurs orgies comme des pédophiles, pour créer un malaise supplémentaire, mais ce n’est vraiment pas pertinent.
Je crois avoir fait à peu près le tour, donc une mise en scène très belle, avec ses défauts mais globalement efficace, et malgré les coupures ce serait dommage de se passer d'une œuvre aussi incroyable et aussi bien servie. Véritablement à connaître !
Je vous offre au passage un petit extrait : il s’agit du Prélude du premier acte, qui expose le thème de l’opéra dans cette espèce de demi-teinte superbe.
Wotan
