mardi 30 septembre 2008

Des souris et des hommes


Des souris et des hommes de John Steinbeck


Ah! Qu’écrire, que dire sur un livre comme ça . Court mais poignant, tout en simplicité, Steinbeck nous livre cette histoire sans détours ni jugements .


L’amitié entre George le débrouillard et Lennie le géant simple d’esprit est aussi improbable que touchante et c’est avec un plaisir presque enfantin que je leur ai emboîté le pas sur les chemins qui les menaient toujours plus au sud, loin de Weed. Et perdue au milieu des descriptions de Steinbeck, il me semblait que leur décor et leur histoire devenait peu à peu la mienne si bien que quand George parlait de cette petite ferme, ce lopin de terre qui serai à eux, j’arrivais à l’imaginer assez distinctement .


Bien que le dénouement semble inévitable et flotte au dessus de nous tout le long du roman, je me suis surprise plusieurs fois à le repousser violemment comme si je pouvais d’une manière ou d’une autre empêcher l’inévitable ( la fin du livre, la fin du voyage, la fin du rêve ).
Car outre l’histoire des deux saisonniers, le rêve est l’un des principaux thèmes du livre, toute ces choses que nous gardons en nous et qui nous font avancer aussi utopiques soient-elles .
Une maison quelque part … un endroit où Lennie pourra s’occuper des lapins (George le lui a promis ), un potager, une vache, un poêle pour quand viendra l’hiver, le bruit de la pluie sur le toit … peu importe que leur rêve soit irréalisable, il les réunit .


Il y a dans ces pages quelque chose de brutal qui vous touche en plein cœur, une trace indélébile, toute la cruauté et la banalité de l‘existence.
Le livre semble durer à peine le temps d’une seconde, Steinbeck nous parle d’humanité, de courage, d’amitié, de différences… comment est-il possible de faire tenir autant de choses en si peu de pages .
C’est étrange mais parfois ce sont les histoires les plus simples qui vous restent.


Brünnhilde

dimanche 28 septembre 2008

Le fait du prince - Amélie Nothomb


- Si un invité meurt inopinément chez vous, ne prévenez surtout pas la police. Appelez un taxi et dites-lui de vous conduire à l’hôpital avec cet ami qui a un malaise. Le décès sera constaté en arrivant aux urgences et vous pourrez assurer, témoin à l’appui, que l’individu a trépassé en chemin. Moyennant quoi, on vous fichera la paix.



Bon début, n'est-ce pas ?

Mais difficile de parler de la fameuse Amélie Nothomb qui, à chaque rentrée, provoque son lot de critiques diverses ; entre les fanatiques désespérément ravis, les amateurs constamment frustrés et les érudits dubitatifs.
Une chose certaine ressort de tout cela : Le fait du prince est loin d'être son meilleur livre.
Je ne pourrais pas me situer entre les trois catégories, et je n'ai pas la prétention ni d'en représenter le juste milieu ni d'en faire la parfaite synthèse, mais simplement d'y apporter mon avis partagé.

J'avais beaucoup aimé ses deux derniers livres, Ni d'Eve ni d'Adam et Journal d'Hirondelle, avec une mention spéciale pour ce dernier où je trouvais que son écriture devenait de plus en plus singulière, extrèmement pure, certaines pages filrtant presque avec de la poésie en prose, en totale fusion avec le fond, cette histoire fascinante et quasi-hallucinatoire. Son livre suivant m'avait convaincu que son écriture avait véritablement mûri et annonçerait d'autres chefs-d'oeuvres. J'avoue avoir été un peu déçu en constatant le contraire. Non pas que ce soit mauvais, mais j'ai trouvé qu'elle renouait avec le type d'histoire du genre de Mercure, Les Catilinaires ou Acide Sulfurique.

Ça reste donc très correct, mais je m'attendais à suivre une véritable évolution. Ici, comme l'extrait présenté au début le suggère, une situation insolite, proche de l'absurde, des personages énigmatiques aux réactions inattendues, une intrigue qui tourne vite à l'invraisemblable, puis au déjà vu, et une fin étonamment attendue, un peu nunuche, jolie mais inconsistante. Passée la moitié du livre, la suprise vient de l'absence de surprise. Le personnage principal s'interrogeant sur toutes les éventualités du futur, on a l'impression que l'auteur sabote elle-même son intrigue en en enlevant toute spontanéité. On eût pu espérer qu'elle profite de son style si efficace pour décrire la situation d'immobilité complète (comme elle a pu le faire dans Ni d'Eve ni d'Adam). Non : on y passe aussi vite que sur tout le reste, avec un refus du moindre développement qui commencerait presque à agacer.

Bref, le récit est tout de même bien mené, l'histoire est assez prenante et il y a toujours cet humour un peu grincant qui lui est si particulier, mais j'ai eu un réel sentiment de retour en arrière, un peu comme si Amélie Nothomb signait un nouveau livre parmi d'autres, un peu baclé et qui ne fera pas trop de vagues. Et toujours cette impression, qui finit par être caricaturale, que dans chacun des livre elle ne peut s'empêcher de parler d'elle-même. Ce côté complaisemment égocentrique est assez fascinant, mais je préfère lorsque c'est fait de manière franche, dans ses ouvrages autobiographiques, plutôt que de distiller plus ou moins adroitement dans chaque roman quelques bribes d'un personnage énigmatique.

J'epère donc qu'elle nous livrera l'année prochaine quelque chose de plus neuf, ou bien le dangereux sentiment de lassitude générale finira par se faire sentir...


Wotan

mercredi 17 septembre 2008

Thank you for smoking


Thank you for smoking
Réalisé par Jason Reitman


resumé (allociné) : Lobbyiste séduisant et ambitieux, Nick Naylor met son charme, son talent et son sourire carnassier au service de la société Big Tobacco pour contrer les ravages de la politique de prévention contre le tabagisme.De conférence de presse en talk-show télévisé, il défend l¹indéfendable, mais a du mal à convaincre son ex-femme qu¹il peut être un père modèle pour son fils.

Ahhhh! qu’il est bon de flirter avec le cinéma indépendant américain ! Surtout quand il est le berceau de films comme « Thank you for smoking ». Pour ceux qui viennent régulièrement sur le blog ( que dieu , si il n’est pas encore en train de regarder ailleurs, les bénisse eux et leur descendance ) j’avais déjà évoqué ce titre lorsque j’avais parlé d’Aaron Eckhart dans « The Dark Knight » .
Premiere chose à dire avant de commencer, c’est le premier film du jeune réalisateur Jason Reitman ( qui dans ce cas est aussi scénariste ) il nous a plus récemment offert « Juno ».


Quand un humour décapant se met au service de la dénonciation, ça donne tout de suite quelque chose d’intéressant, c’est ainsi que l’on se retrouve projeté dans la vie de Nick Naylor, un lobbyiste sans foi ni loi, aussi talentueux que détesté qui jongle entre télé et conférences de presse non sans un certain panache .
Aaron Eckhart campe ici un personnage particulièrement charismatique et drôle; à part quelques gens trop bien pensant (qui auront vite fait de jeter de l’eau bénite sur leur téléviseur après les quinze premières minutes du film) les autres, comme je l’ai fait avec joie; prendront un réel plaisir à découvrir l’univers de cet irrésistible « marchand de mort » ( comme il se surnomme lui-même ) qui se promène un peu partout en Amérique avec rien de plus sous le bras que son culot et sa licence de grande gueule .


« Mickael Jordan joue au basket , Charles Manson tue des gens , moi je parle , à chacun son talent »


Le casting est en béton et m’avais déjà interpellée avant même d’avoir vu le film, les personnages qui gravitent autour de Nick sont tous aussi géniaux que lui ( c’est incontestablement un des points forts du film ). Que ce soient ses deux seuls amis ( lobbyistes eux aussi avec qui il a des conversations franchement excellentes !) interprétés par Maria Bello et David Koechner , Katie holmes en journaliste canon et arriviste ( comme quoi ! ), William H. Macy le sénateur écolo transpirant le politiquement correct ou Robert Duval qui alterne entre cigare et respirateur, le résultat vaut le détour !

Encore une fois, voilà un film qui a eu bien peu de publicité, je suis tombée dessus par hasard ( un peu comme « Side Way » ).
Donc en résumé un long métrage intelligent ( youpi), impertinent ( Reyoupi) , drôle ( je vous épargnerai le « Rereyoupi » ) et surtout diablement efficace !
A ranger donc dans les films franchement jouissifs !


Et comme dit toujours Nick à son fils : « quand on sait argumenter , on n’a jamais tort » .



Plus d'infos sur ce film

Brünnhilde

mardi 16 septembre 2008

Dorothy


Dorothy


Réalisé par Agnès Merlet.


resumé (allociné ) : La psychiatre Jane Morton est envoyée au sein d'une communauté recluse dans une petite île au nord de l'Irlande. Elle doit étudier le cas de Dorothy Mills, adolescente accusée de tentative de meurtre sur un bébé. Alors qu'elle vient en aide à Dorothy, la psychiatre tente d'affronter ses propres démons et d'éclaircir le secret qui hante la communauté.



Oui , j’avoue , En voyant l’affiche et la coupe de cheveux de Dorothy, je m’attendais à un film d’horreur. C’est d’ailleurs pour ça que j’hésitais un peu à aller le voir dans une grande salle obscure ….mais bon Wotan était avec moi ( d’ailleurs cet article a été écrit à deux ) et l’histoire m’intriguait beaucoup, donc je me suis laissée tenter !
Le première chose à dire sur le film, c’est que ce n’est pas un film d’horreur ( rien à voir avec l’exorciste ou the ring ) c’est un film d’angoisse, d’ailleurs tout y est angoissant, le lieu où se déroule l’intrigue, les personnages, le temps, l’histoire, les coupes de cheveux ( surtout les coupes de cheveux ) . Angoissant donc, même glauque à certains moments, si bien qu’on se demande comment la psy se débrouille pour ne pas plier bagages dès les premières minutes du film !
En très gros donc, c'est une histoire de schizophrénie, une psychiatre qui va dans un petit village irlandais où une jeune fille a violenté un enfant qu'elle gardait. Au fur et à mesure on comprend qu'elle abrite plusieurs "personnages", on pénètre également l'esprit de la psychiatre qui va devenir de plus en plus fragile.
L'ambiance oppressante du village fermé sur lui même, avec des habitants très croyants, violents, secrets, est parfaitement rendue.
Jusqu'ici c'est un thème vu et revu , oui le morcellement de la personnalité est un sujet sur lequel le cinéma a déjà pas mal tiré , mais l'intrigue est bien ficelée et le film se termine sur un espèce de doute quand à l'état psychique de la fameuse Dorothy. Ca peut agacer mais en tout cas c'est assez original. De plus une fin trop tranchée n’aurait jamais vraiment pu être cohérente, Le doute c’est d’ailleurs un des points forts de « Dorothy » vu qu’il nous tenaille tout au long du film, le spectateur devient méfiant et ça c’est une bonne chose .
Les acteurs sont en plus excellents, à commencer par Jenn Murray dans le rôle titre, elle réussit à se métamorphoser de façon époustouflante, seul le doublage français dessert parfois son jeu. La psychiatre de Clarice Van Houten est évidemment moins impressionnante mais subtile et très convaincante (même si parfois on aimerait lui dire de se bouger les fesses...) C'est plutôt bien filmé, il y a de très belles images (jeux de miroirs), mais par contre le montage est assez grossier, rien de véritablement mauvais mais c'est dommage.
Bref, c'est un film qui ne restera sans doute pas au panthéon du Cinéma mais dont on parle trop peu, vu sa qualité comparé aux blockcbusters dont on nous bombarde sans arrêt.Un huis clos étouffant et efficace !


Brünnhilde und Wotan

jeudi 11 septembre 2008

Chronique d'une haine peu ordinaire n°6

La tarte aux poires

J’ai été il y a encore peu de temps, témoin d’une conversation très animée entre deux de mes voisins qui se plaignaient de l’arrivée depuis quelques années de familles dont le nom n’était apparemment pas assez français ( ohhh quel honte! ) dans notre résidence ! Je suis outrée d’entendre des hommes de cet âge parler de telles futilités alors que sur notre terre il y a des sujets bien plus graves !
Dites moi, ne trouvez vous pas que la tarte aux poires est une pâtisserie contre nature ? Ne vous sentiriez vous pas fiévreux et coupable en incorporant dans l’onctueux mélange autre chose que cette bonne vieille pomme ?
Est-ce que cette idée ou même l’idée d’avoir cette idée ne fait pas remonter en vous des peurs qui datent de l’enfance ?
En effet dans le monde cruel et sans pitié qu’est celui de la tarte, la pomme possède depuis des années un incontestable monopole . Si bien que tout autre tarte semble comme étrangère dans nos garde-manger, une sorte de pièce rapportée , un peu comme si tout à coup Hervé Gaymard se retrouvait dans un studio.
Ancrée dans notre socialisation primaire, confirmée sournoisement par notre socialisation secondaire, chacun de nous porte en lui la terrible certitude que le mot tarte ne serait jamais vraiment lui-même si on ne lui accolait pas le mot pomme.
Ainsi des générations de mères lobotomisées ont pendant des années inondé leur marmaille de la dite tarte.
Comme le disait Bourdieu: « les dominés deviennent ainsi artisans de leur propre domination ». C’est ainsi que beaucoup de nos génitrices se sont retrouvées traumatisées à vie lorsqu’elles rataient le divin dessert. Elles devenaient des ratées,des marginales, des lépreuses, ou pire, des communistes!
Et malheur aux femmes qui s’accoquinaient avec la tarte aux poires ( ou la tarte aux fraises ) , elles auraient été tondues.
Jamais dans un conte pour enfant, une maîtresse de maison digne de ce nom ne daignerait servir à la chair de sa chair un dessert aussi abject que la tarte aux poires. Alors oui! J’en entend déjà dire: « mais moi j’aime bien la tarte aux poires, surtout avec du chocolat ». Ah! C’est bien la preuve que la tarte aux poires ne se suffit pas à elle-même!!!!! Comme ces putains qui se maquillent trop, elle a besoin d’artifices pour cacher toute l’horreur de sa vraie nature!!!!!!! Hum hum bref venez à moi fidèles partisans de l’éradication de la tarte aux poires , exterminons cette aberration pâtissière afin de revenir a une race de tarte pure ! OUI !!!!Que chaque homme puisse enfin regarder l’avenir sans crainte de voir apparaître un jour au détour de sa petite vie une quelconque forme de différence …

Article désapprouvé par Wotan qui se sent honteux ne n'avoir pas fait manger à Brünnhilde les tartes à la poire de sa mère sans quoi elle n'écrirait des inepties pareilles...

Brünnhilde