samedi 27 juin 2009

Lars von Trier - Antichrist


Le dernier film de Lars von Trier a beaucoup fait parler de lui il y a quelques semaines, essentiellement en mal, il n'en fallait pas plus pour me mettre l'eau à la bouche...

Le film débute par un Prologue pour nous planter le décor : un couple perd son petit garçon dans un bête accident. Jusque là rien d'extraordinaire. Filmé au ralenti, en noir et blanc, sur fond de la musique de Haendel (le célèbre
Lascia ch'io pianga dont j'ai mis la très belle interprétation de Cecilia Bartoli en fin d'article pour que vous puissiez l'écouter durant la lecture, si le coeur vous en dit) certains trouveront ça nunuche mais c'est assez émouvant, loin de tout pathétique larmoyant.

L'histoire débute donc avec cette jeune mère, Charlotte Gainsbourg, qui vivra très mal son deuil, sans cesse prise de vertiges voire de crises assez violentes. Son mari, évidemment psy, finira par essayer d'analyser l'origine de son trouble en plongeant dans ses souvenirs et ses peurs. Peu à peu, certains détails et son attitude vont lui sembler de plus en plus étranges, jusqu'à... vous verrez par vous même.

Pour moi, c'est d'abord la dimension symbolique et surtout psychanalytique, qui est vraiment passionnante. Peu de films s'avanturent si loin dans ce que peut renfermer un esprit, avec toute sa perversité. Ici, on entre littéralement dans l'esprit ET le corps de cette femme, pour s'en éloigner au fur et à mesure et adopter le point de vue de son mari, spectateur de quelque chose qui le dépasse totalement.
Il y a une tension incroyable, qu'on sent grandir, tandis qu'on se sent perdu avec des éléments de surnaturel qui viennent peu à peu se fondre avec la réalité, sans jamais de limite très distincte. Ça peut sembler décevant ou maladroit, en tout cas c'est volontairement déstabil
isant. Toutes les questions restent ouvertes à la fin, et personnellement j'ai été un peu frustré d'en manquer concernant la psychologie de la mère... ou en tout cas insatisfait des réponses qu'on semble nous donner. Je ne veux pas trop en dire mais d'ailleurs je ne trouve pas le titre très pertinent, c'est pour moi un élément au second plan et qui me décevrait s'il en constituait une "explication".


On a beaucoup glosé autour du gore dans ce film, je crois que c'est passer à côté du plus important. Il n'y a vraiment qu'une scène qui m'a fait me sentir très mal pendant une dizaine de minutes, et même hésité à sortir prendre l'air. C'est peut être plus du "gore psychologique", de l'empathie pour la personne qu'on imagine souffrir terriblement, en tout cas pas du gore "boyaux qui giclent dans tous les sens et du sang partout". D'autres petites choses pas très ragoutantes mais en général c'est plutôt supportable.

Il faut aussi que je parle des acteurs, avec d'abord Charlotte Gainsbourg qui est véritablement incroyable. Le nom ne me disait rien qui vaille, mais elle a amplement mérité son Prix d'interprétation féminine, parfaite dans toutes les facettes de cette femme si mystérieuse. William Dafoe parvient moins à tirer son épingle du jeu, son personnage reste sobre, mais c'est excellent tout de même.
J'ai beaucoup aimé l'esthétique générale du film, avec une image toujours très soignée et efficace à la fois, une ambiance et une tension parfaitement amenées.

Bon, ceci dit, on en ressort pas franchement enthousiasmé, plutôt complètement hagard et déconfit... Si jamais vous ne vous sentez pas très bien ces temps-ci, un peu paumé, que vous avez raté votre bac à cause de cette foutue épreuve de philo, je vous le déconseille vivement, ce serait dommage de vous jeter sous un bus dix minutes plus tard...


lundi 22 juin 2009

Chronique D'un Bac ordinaire : Bac d'anglais 2009

Le week-end fut assez irréel, en fait entre deux cahiers d’économies j’ai appris que mon chien avait des mycoses aux pattes et que c’est à moi que revenait l’honneur de shampouiner les papattes mutilées avec un antifongique…je passerai aussi sur la discussion plus qu’inutile que j’ai du avoir avec une caissière lobotomisée .

- vous avez la carte FNAC ?
- Non .
- vous la voulez ?
- Non.
- mais pourquoi ?
- j’en ai pas besoin.
- parce que vous en avez déjà une ?
- de quoi ?
- de carte FNAC.
- non je l’ai pas .
- ah …vous voulez en faire faire une…de carte FNAC ?
- non j’en veux pas !
- vous êtes sûre ?
- oui !
- vous avez pris que ce CD ?
- oui.
- vous savez que vous pouvez avoir une réduction dessus .
- ah Bon ?
-Oui , avec la carte FNAC.
-…

Bref si je m’étends sur mon week-end c’est qu’il n’y a pas grand-chose à dire sur l’épreuve d’anglais. En effet rien de bien transcendant nous avons eu droit à un texte traitant de la vie de trois londoniennes un peu connes dont le passe-temps favori est de s’extasier sur la profession de leurs maris ( c’est les chiennes de garde qui vont être contentes!) . Il me vient donc l’envie de poser trois questions qui me semblent cruciales, répondra qui voudra ( et qui pourra ).

To begin : ceux qui élaborent les sujets font-ils exprès de choisir des textes à ce point plats et assommants ?
Secondly : si c’est le cas il y a-t-il un concours pour choisir l’extrait le plus dénué d’intérêt ?
Thirdly : Est-ce que quelque un en ce bas monde connaît la signification du mot «Aghast » ?

Après ce questionnement intense, je vais faire ce qu’on appelle en méthodologie une transition, c’est à dire que je vais faire un lien entre l’épreuve d’anglais et celle d’économie ! Alors je sais ce que vous vous dites ( « oh mais comment vas-tu procéder ? Quelle idée brillante vient à cet instant de germer dans les méandres de ton esprit dérangé ?) ! Hé hé c’est tout simple ! Je m’en vais vous poster un sonnet de Shakespeare ( lien anglais ) ayant pour sujet…la mort ( lien avec l’économie ).
Pourquoi Shakespeare me direz vous et bien par ce que je suis une petite merdeuse pédante et mégalomane , voilà !

Sonnet 71

No longer mourn for me when I am dead
Then you shall hear the surly sullen bell
Give warning to the world that I am fled
From this vile world, with vilest worms to dwell:
Nay, if you read this line, remember not
The hand that writ it; for I love you so
That I in your sweet thoughts would be forgot
If thinking on me then should make you woe.
O, if, I say, you look upon this verse
When I perhaps compounded am with clay,
Do not so much as my poor name rehearse.
But let your love even with my life decay,
Lest the wise world should look into your moan
And mock you with me after I am gone.






TRADUCTION Pierre Jean Jouve :
Ne me pleurez pas plus longtemps, quand je serai mort, que vous n’entendrez la lente lugubre cloche, donnant avis au monde que j’ai fui, du monde vil pour habiter aux vers encor plus vils.
Non, ne rappelez pas, si vous lisez ma ligne, la main qui l’a écrite; tellement je vous aime, que dans vos doux pensers voudrais être oublié, si de penser sur moi vous ferait lamenter.
Oh, je dis, si vous regardez ce poème, alors que je serai confondu à la glaise, n’allez point jusqu’à redire mon pauvre nom, mais laissez votre amour avec ma vie périr;
De peur que le bon monde ait regard sur vos peines, et vous raille de moi quand je serai parti.






Brünnhilde

vendredi 19 juin 2009

Chronique D'un Bac ordinaire : Bac de math 2009

Ahhhh les maths…que dire , par où commencer ? Dire que j’éprouve certaines difficultés dans cette matière est un euphémisme des plus audacieux . Mes connaissances en mathématiques sont proches du néant, pour quelles raisons ? Oh c’est une longue histoire ! Disons que j’allie un lourd atavisme familial ( merci papa ) à une absence de travail assez révoltante ( j’espère vraiment que ma prof de maths ne lira jamais ça ).

S’ennuyer, combien de fois pourrais-je décliner ce verbe pendant une heure de mathématiques. J’ai tout essayé pour m’y intéresser, j’ai pris des cours, j’ai lu des bouquins, je me suis même tournée vers la religion ( c’est vous dire)mais rien n’y fait…
l’ouvrier sans papiers qui s’occupe du fonctionnement de mon cerveau, Gomez , ( oui je l’ai appelé comme ça), et bien Gomez trouve bon de couper la machine pour aller boire une bière à la seconde ou je mets le pied dans une classe d’algèbre.
Résultat, je plafonne à sept de moyenne , dix les jours de fête et je me lamente sur mon sort …c’est ainsi , Gomez, lui, l’a bien compris, je ne serai jamais Thomas Bradwardine.
Bon revenons au bac, aujourd’hui peu de sommeil mais pas de stress. Et oui ! L’avantage quand on est vraiment mauvais c’est que l’échec ne vous effraie plus ! Il devient un ami, une présence familière.
Je ne pense pas que l’épreuve de maths soit si stressante au fond , dans ce genre d’examen les élèves forment deux groupes bien distincts, les matheux et…les autres…des rebus, des faquins, des va-nu-pieds et parfois même des littéraires !!!!!

Ainsi comme je le disais; nous avons gagné nos classes sans trop d’angoisse, on nous a refilé les sujets et nous nous sommes lancés à corps perdu dans l’algèbre ( quelle belle image !).
Férocement cramponnée à ma calculette j’ai tout donné !
Oui car je nourris un amour sans limite pour ma calculette. Certains parlent de béquille technologique mais à mon stade, vu mes lacunes , ce n’est plus une béquille qu’il me faut mais carrément un lit médicalisé .

Néanmoins plus j’y pense, plus je suis en mesure d’affirmer ne m’en être pas si mal sortie ! Sans vouloir me vanter je pense avoir au moins entre 8 et 10, ce qui est pour moi une note plus qu’honorable quand on connaît mon absence totale de travail et d’intérêt dans cette matière.
N’ayant pas appris la plus grande partie de mes formules; je me suis lancée à plusieurs reprises dans des improvisations plus que navrantes, qui je l’espère , ne découragerons pas trop mon correcteur.
Résultat j’ai torché le dit devoir en environ 2h ( proba , stats et un peu de ln) et j’ai passé le reste du temps à recopier les paroles de « Come As You are » sur mon brouillon
Sans vouloir paraître pessimiste je ne pense pas que c’est ici que je gagnerai le plus de points.

Brünnhilde

jeudi 18 juin 2009

Chronique D'un Bac ordinaire : Bac de philosophie 2009

Premier jour du bac Arg !

Je me lève vers six heures, en tout je dois avoir à peu près dormi 3h , c’est pas énorme et je peine vraiment à m’extraire du lit . Je rampe misérablement entre les papiers ,les livres et les fiches de révision, on se croirait à Beyrouth , j’arrive à la cuisine il est 6h30.
Alors je tenais à dire à tous les nutritionnistes de mes deux qui nous conseillent un petit déjeuner copieux d’aller passer le bac . Car une heure avant la première épreuve c’est déjà un miracle si on arrive à avaler une biscotte . Je m’habille en catastrophe ,me douche mais laisse tomber le maquillage de toute façon c’est peine perdue .
Arrivée devant Pagnol je retrouve mes compagnons d’infortune, les réactions sont diverses :

- Vous avez ceux qui tirent une tête de dix pieds de long du genre « pitié achevez moi tout de suite .»

- ceux que le stress rend hystériques et qui ne peuvent pas s’empêcher de rire bêtement au grand plaisir de leurs camarades .

- ceux qui tentent de se rassurer « bah! au fond on va pas en mourir , on a révisé…puis bon on peut pas tomber sur trois sujets pourris, c’est pas possible, au pire il y a l’analyse de texte . »

- les léthargiques pas vraiment concernés « oh tu sais le bac bof , moi tu sais oh bof ouais mais bon, bof quoi la philo , ouais bof. »

- les gros angoissés qui se rongent les ongles en jetant des regards désespérés autour d’eux « putain je sais rien ! Ah je vais tout oublier ! Pourvu que ça tombe pas sur l’état , ni sur le langage, ni sur la religion…ni sur le travail ! Merde ! »

- et il y en a même qui ne sont pas là « eh ? Il est où *machin* quelqu’un l’a vu ? Tu crois qu’il s’est perdu , ou alors il a oublié le con …il vient à pied ? Peut être qu’il s’est fait écraser ? »

Enfin les portes s’ouvrent ( ahhhhhh suspense) les élèves se jettent sur les panneaux d’affichage telle la vérole sur le bas clergé . Ce qui n’empêche pas la moitié d’entre eux de se perdre , dont moi ( oui je sais ce que vous vous dites.) merci à Lucile qui une fois encore a joué les boussoles .
Une fois les derniers détails en place,( trouver son bureau , sortir la convocation, la bouteille d’eau , la trousse etc .) Vissé sur sa chaise on attend que la sentence tombe .
Je suis morte de trouille comme à chaque fois que je passe un examen, ne me semble évident que ce que j’ignore . Pourtant j’ai tout ce qu’il faut, stylos, cerveau …ma mère m’a même bassinée pendant une heure pour que je prenne des biscuits,initiative totalement inutile puisque je sais bien que je n’avalerai rien durant l’examen sous peine de le régurgiter aussi sec sur ma copie.Et quoi qu’on en dise le vomi sur la copie ça n’incite pas les examinateurs à l’indulgence.
( c’est dégueulasse ce que je vous raconte quand même )

Les sujets arrivent enfin, j’ouvre le mien d’une main fébrile et moite :
« non mais c’est quoi ces sujets de merde ? »

1er sujet « que gagne-t-on à échanger ? »

2éme sujet « le développement technique transforme-t-il les hommes ?»



Mais c‘est pas vrai! c‘est mon prof d‘éco qui a fait les sujets cette année ou quoi ?
Je déteste quand la philosophie s’en va forniquer avec l’économie je trouve ça très désobligeant…
Je suis totalement perdue, je jette des regards désespérés autour de moi,
TOUT EST FINI !!!!! Et comme un bonheur n’arrive jamais seul,le type qui nous surveille porte des sandales immondes!!!
Oh pitié! Donnez moi une corde ! Filez lui des tongs !
J’ai de la buée sur mes lunettes et ma jambe s’agite de façon compulsive… A cet instant précis j’ai tout de rain-man( oh oh ) …

Bon après un petit quart d’heure de stress j’ai finalement retrouvé ma raison. J’ai choisi le sujet 1 et fait un plan en trois parties ( la sainte trinité, Amen) .
Je ne sais pas la note que j’aurai ( évitons tout optimisme ) mais je pense quand même avoir sauvé les meubles, puis quand même, merde! me planter en philo ça me ferait mal c’est ma meilleure matière…par contre demain on passe les maths et j’ai pas besoin d’être voyante pour savoir comment ça va ( mal) se passer .

Terminale ES, courage! plus que cinq épreuves!

Brünnhilde


lundi 15 juin 2009

Rumble Fish



réalisé par Francis Ford Coppola en 1984

La ville semble déserte, rien ne bouge si ce n’est les nuages au dessus des immeubles néanmoins, un peu partout dans les rues on a marqué sur les murs le nom de : « Motorcycle Boy » .

Il est vrai qu’ici c’est une légende pourtant cela fait deux mois qu’il a disparu.
Partout son ombre semble rôder silencieusement mais c’est surtout dans l’esprit de son jeune frère Rusty James que Motorcycle Boy est le plus présent .

« un jour je serai comme lui » répète-t- il sans cesse au grand désespoir de ses amis.

Alors bien sûr inutile d’expliquer pourquoi le jeune homme tombe des nues quand son aîné revient en ville dans le seul but de lui éviter de marcher sur ses traces

Coppola nous fait avancer dans l’histoire à travers le regard de Motorcycle Boy .
Ainsi comme celui-ci est daltonien nous déambulons dans un paysage noir et blanc brumeux et un peu lointain .
La seule touche de couleur se résume aux quelques poissons venus du Siam dans la boutique animalière, les poissons combattants que Motorcycle Boy passe ses journées à regarder se cogner contre les parois de leurs bocaux .
Motorcycle Boy est un personnage tourmenté et prisonnier d’une image dont il n’arrive pas à se défaire ( comme un poisson dans un bocal), pour les flics c’est un voyou, pour les jeunes une légende et la plupart des gens le croient fou. Il revient en ville dans le seul but d’empêcher son frère de se fourvoyer, car le temps passe vite et il est stupide de le gâcher dans la recherche d’une gloire illusoire et au final source d’aliénation . Après tout le monde est vaste et Rusty James n’a jamais vu l’océan.


A voir absolument !absolument! absolument ! Quand on voit ça on comprend pourquoi il est légitime de considérer le cinéma comme un art, car s’est sur ce point que je veux clore ma critique . Ce film est d’une rare beauté, chaque image est soignée, la fumée, la lumière, les mouvements de caméra nous embarquent dans un monde onirique ou chaque image est lourde de sens.

Le casting aussi a de quoi faire rêver, un Matt Dillon à peine sorti de l’adolescence, l’immense Denis Hopper qui est un des acteurs les plus talentueux de sa génération. Et bien sûr un Mickey Rourke bouleversant et charismatique au sommet de sa carrière qui incarne certainement ici un de ses plus grands rôles.
(À noter aussi Tom Waits en barman philosophe .)



Brünnhilde