Le dernier film de Lars von Trier a beaucoup fait parler de lui il y a quelques semaines, essentiellement en mal, il n'en fallait pas plus pour me mettre l'eau à la bouche...
Le film débute par un Prologue pour nous planter le décor : un couple perd son petit garçon dans un bête accident. Jusque là rien d'extraordinaire. Filmé au ralenti, en noir et blanc, sur fond de la musique de Haendel (le célèbre Lascia ch'io pianga dont j'ai mis la très belle interprétation de Cecilia Bartoli en fin d'article pour que vous puissiez l'écouter durant la lecture, si le coeur vous en dit) certains trouveront ça nunuche mais c'est assez émouvant, loin de tout pathétique larmoyant.
L'histoire débute donc avec cette jeune mère, Charlotte Gainsbourg, qui vivra très mal son deuil, sans cesse prise de vertiges voire de crises assez violentes. Son mari, évidemment psy, finira par essayer d'analyser l'origine de son trouble en plongeant dans ses souvenirs et ses peurs. Peu à peu, certains détails et son attitude vont lui sembler de plus en plus étranges, jusqu'à... vous verrez par vous même.
Pour moi, c'est d'abord la dimension symbolique et surtout psychanalytique, qui est vraiment passionnante. Peu de films s'avanturent si loin dans ce que peut renfermer un esprit, avec toute sa perversité. Ici, on entre littéralement dans l'esprit ET le corps de cette femme, pour s'en éloigner au fur et à mesure et adopter le point de vue de son mari, spectateur de quelque chose qui le dépasse totalement.
Il y a une tension incroyable, qu'on sent grandir, tandis qu'on se sent perdu avec des éléments de surnaturel qui viennent peu à peu se fondre avec la réalité, sans jamais de limite très distincte. Ça peut sembler décevant ou maladroit, en tout cas c'est volontairement déstabilisant. Toutes les questions restent ouvertes à la fin, et personnellement j'ai été un peu frustré d'en manquer concernant la psychologie de la mère... ou en tout cas insatisfait des réponses qu'on semble nous donner. Je ne veux pas trop en dire mais d'ailleurs je ne trouve pas le titre très pertinent, c'est pour moi un élément au second plan et qui me décevrait s'il en constituait une "explication".
On a beaucoup glosé autour du gore dans ce film, je crois que c'est passer à côté du plus important. Il n'y a vraiment qu'une scène qui m'a fait me sentir très mal pendant une dizaine de minutes, et même hésité à sortir prendre l'air. C'est peut être plus du "gore psychologique", de l'empathie pour la personne qu'on imagine souffrir terriblement, en tout cas pas du gore "boyaux qui giclent dans tous les sens et du sang partout". D'autres petites choses pas très ragoutantes mais en général c'est plutôt supportable.
Il faut aussi que je parle des acteurs, avec d'abord Charlotte Gainsbourg qui est véritablement incroyable. Le nom ne me disait rien qui vaille, mais elle a amplement mérité son Prix d'interprétation féminine, parfaite dans toutes les facettes de cette femme si mystérieuse. William Dafoe parvient moins à tirer son épingle du jeu, son personnage reste sobre, mais c'est excellent tout de même.
J'ai beaucoup aimé l'esthétique générale du film, avec une image toujours très soignée et efficace à la fois, une ambiance et une tension parfaitement amenées.
Bon, ceci dit, on en ressort pas franchement enthousiasmé, plutôt complètement hagard et déconfit... Si jamais vous ne vous sentez pas très bien ces temps-ci, un peu paumé, que vous avez raté votre bac à cause de cette foutue épreuve de philo, je vous le déconseille vivement, ce serait dommage de vous jeter sous un bus dix minutes plus tard...


