mercredi 31 décembre 2008

une première semaine productive

vite!!vite!! avant de partir fêter le nouvel an !!

Le mangeur d’opium de Thomas de Quincey


Étrange petit livre que celui-ci, étrange aventure que cette immersion totale dans la vie d’un opiomane.

« Je vous offre, lecteur bénévole,l’histoire d’une époque remarquable de ma vie … »

Je ne connaissais rien de Thomas de Quincey, ni son nom, ni son histoire ni ses passe- temps. C’est la couverture du bouquin et son titre qui ont les premiers attiré mon attention. Bien que les paradis artificiels ne soient pas un sujet qui me passionne, j’avoue avoir toujours été fascinée par l’opium. Est-ce par ce que j’ai commencé assez jeune à lire Baudelaire ? Pas seulement, la prise d’opium (l’opium fumé) nécessite souvent un rituel et un cadre particulier (sofas, soieries et jade, statues de bouddha, plafonds d’ébène, en plus de l’élégance des lampes, des fourneaux et des pipes.) . Ainsi si la prise d’héroïne ne m’évoque que des images assez glauques, une chambre sale et du matos pas forcement clean ( pour ceux qui on vu Trainspotting ), le rituel de la prise d’opium, lui, relève presque de l’art . Même le langage utilisé pour désigner la consommation d’opium : « Chasser le dragon » a quelque chose de merveilleux . Bien sûr la littérature et le cinéma on pas mal joué sur ce côté romantique et même un peu mystique de l’opium ( le portrait de Dorian Gray, From Hell… )
Bon revenons en au bouquin , hum hum , un des premiers avantages du livre c’est qu’il dégomme pas mal des idées reçues que l’on peut avoir sur les effets de l’opium , ensuite il montre aussi l’ambivalence de cette drogue qui vous entraîne tout d’abord dans de grands moments de béatitude pour vous faire ensuite basculer dans d’atroces cauchemars. Autre point fort du bouquin, Thomas de Quincey lui-même, qui est un personnage atypique et que l’on prend plaisir à suivre au fil des pages.

Mon chien stupide de John Fante



Bon d’abord je tiens à préciser que ce n’est pas parce que c’est le cadeau de Noel de Wotan que ma critique est élogieuse… Non mon compère a du goût, le bouquin est vraiment bon . Nous débarquons dans le vie d’un quinquagénaire accessoirement écrivain raté et vaguement scénariste, qui ne reconnaît plus sa vie et qui sait ses scénarios mauvais mais néanmoins nécessaires pour subvenir aux besoins de sa famille.
Coincé sous le même toit que ses quatre enfants et son épouse, on comprend vite que notre personnage supporte de moins en moins sa vie ainsi que sa progéniture et en même temps il y a de quoi . Un jour un clébard va débarquer dans la vie de la petite famille qui semble sur le point d’éclater. C’est un gros chien noir aux airs de nounours ( un akita pour les connaisseurs) qui a la force d’un bœuf mais le QI d’une huître. D’où le nom que lui donnera la petite famille:« Stupide».
Autre détail important en plus d’être totalement con le chien est un obsédé sexuel notoire qui tente de violer toute les créatures de sexe masculin passant à sa portée.
Avec des enfants qui ne semblent lui témoigner ni respect ni intérêt et une relation de couple qui s’essouffle, Stupide va devenir sa grande distraction et sa bouée de sauvetage.
Entre le chien violeur et les enfants ingrats il y a des moments où on a vraiment de quoi se marrer. C’est ainsi que je me suis retrouvée à 2h du matin à rire toute seule dans ma chambre. Il y a aussi des passages qui m’ont ému, il ne faut pas non plus penser que le bouquin est à se tordre de rire.
Une histoire très simple, une écriture et un style fluide, le bouquin se lit en même pas trois jours. Si vous n’êtes pas un lecteur acharné et que vous avez envie de quelque chose de sympa à lire avant d’aller vous coucher , allez-y les yeux fermés !


Dimanche j’ai commencé « le chien des Baskerville » je l’ai quasiment fini, j’y consacrerai sûrement un article car ça fait longtemps que je n’avais plus pris un tel plaisir à lire un roman policier.





Brünnhilde

samedi 13 décembre 2008

A LA PORTE

A la porte



Pièce de Vincent Delecroix

mise en scène de Marcel Bluwal

Avec Michel Aumont .


Depuis le mois d’Otcobre, souvent le weekend , ma prof de théâtre me prend par le bras et m’emmène bouffer de la culture ( pour la citer texto). C’est ainsi qu’il y a quelques temps je me suis retrouvée assise sur les strapontins du Toursky.
Les lumières baissent et dans la salle les conversations deviennent des murmures épars semblables à un feu qui crépite puis finit par s’éteindre.

Lumière, sur la scène une homme seul assis sur une chaise et non loin de lui une porte immense et rouge.




Une mise en scène et un décor très dépouillés, du moins c’est ce qu’on pense pendant les 5 premières secondes. Après ça, Michel Aumont vous empoigne par le col, et la puissance, la force de son jeux emplissent soudainement tout l’espace.
On comprend assez vite ce qui se passe, le personnage, un ancien prof de philosophie, après un entretien plus ou moins ennuyeux, se retrouve par inadvertance enfermé dehors, à la porte de chez lui.
A partir de là s’en suivent des réflexions très diverses et toujours pertinentes sur la vie et le monde qui nous entoure. Dans quelques années qui restera-t-il pour lire de la philosophie, que va devenir l’art ou qu’est il devenu…et nous que sommes nous devenus ?
Bien qu’au début tout soit clair, au bout d’un certain temps le doute s’installe, en effet en flânant dans Paris le personnage croise son père ainsi que sa fille pourtant tous deux décédés . De plus pourquoi parle t’il régulièrement des remarques des infirmières et d’une grande chambre blanche.
Où est ce personnage ? Est-il vraiment dans paris ou bien est-ce le délire passager d’un homme derrière les murs d’un hôpital, à moins que le monde soit lui-même devenu un hôpital, un lieu aseptisé et vide où les gens se croisent sans s’accorder le moindre regard, un monde si cloisonné et froid qu’il n’est pas tellement dur de s’en sentir exclu.
Et puis il y a ce corps qui s’éloigne de plus en plus de l’image que nous avons de nous même, ce corps qui finit par nous être étranger, si étranger qu’on finit presque par être à la porte de soi même .



Ça vous fout des frissons une prestation pareille, un jeu puissant, il faut dire aussi qu’il est servi par un texte d’une finesse et d’une intelligence assez rare. Mais parfois le texte ne suffit pas, il faut la présence, et ça tombe bien Michel Aumont a les deux.



Je suis ressortie vraiment secouée, mes jambes ne m’ont pas lâchée mais c’était pas loin, si je n’étais pas aussi handicapée des sentiments, je pense que j’aurais pleuré .
En résumé une pièce magnifiquement bien écrite , un acteur immense, simplement du théâtre.
Finalement ça vaut le coup d’être à la porte si c’est avec Michel Aumont.





Merci Cristelle




Brünnhilde

lundi 1 décembre 2008

Chronique d'une haine peu ordinaire n°7

Joyeux Noël ( Félix)


Bientôt Noël ,
Ah! Noël! La famille, les dîners de famille qui traînent, incitant les gens à boire trop d’alcool et faisant remonter toutes ces colères qui datent de l’enfance ou du réveillon précédent:


- mon dieu en fait le père Noël c’est tonton !
- cette dinde est vraiment dégueulasse
- Mais moi je voulais pas de cette Barbie .
- je crois que c’est Bernard qui m’a offert l’intégrale de Nana Mouscouri
- c’est quoi ça … c’est pas un vibro masseur quand même.
- Charles! lâche ce couteau, tu vas faire mal à ta sœur .
- quelle bonne idée a eu ton frère d’offrir un tambour à notre fils hyper actif.
- cette bûche au beurre me donne envie d’abréger mon existence.


Les retrouvailles familiales et les chiards hystériques vont relancer la demande de Prozac et autres anxiolytiques. On va acheter un sapin, ce putain de sapin qui va nous foutre des aiguilles partout dans le salon et nous forcer à passer le balai 6 fois par jour. On va acheter les cadeaux en essayant de ne pas trop décevoir les gens qu’on aime et en punissant ce qui ont osé vous offrir des horreurs l’année précédente. On va faire la crèche cette espèce de gros ramasse poussière douteux rempli de santons qui font peine à voir, à force d’être tombés une bonne trentaine de fois du buffet de Tatie Françoise ( oui j’ai une tatie qui s’appelle Françoise et je vous merde )

Après vous être bien endetté les deux mois précédant le jour fatidique, vous vous retrouvez invité chez Marie-Laure, histoire de fêter le réveillon . Et c’est là que les vrais problèmes commencent !


Comme chaque année Marie-Laure aura fait une magnifique décoration de table avec des bougies et des jolis ronds de serviette ( ne jamais négliger l’impact de jolis ronds de serviette) et ainsi comme le veut la tradition vous vous retrouverez face à face avec les membres de votre famille, je parle de la famille au sens large celle qui comprend les boulets que l’on s’efforce d’éviter les 364 autres jours de l’année…
Vous retrouverez Gérard ( philosophe et chasseur ) votre beau-frère qui se plaindra encore de la France ce « pays d’assistés, phagocyté par les discours mous et compassionnels des gauchos mangeurs de soja ».
Gérard, qui bien qu’il ne soit pas raciste préfère que « les arabes restent dans leur pays à fabriquer des babouches » et qui bien qu’il ne soit pas non plus homophobe pense que « les tapettes » auraient bien besoin qu’on les soigne .
Bien sur Marie-Laure comme chaque année trouvera bon de le placer à coté de Guy,
Guy, ce brave Guy, celui qui trouve toujours le moyen de vous bassiner avec la lutte des classes, qui écoute Jean Ferrat à fond dans sa Renaud 5 et qui traîne le même jean depuis la chute du mur de Berlin .
10 minutes après que Guy et Gérard aient commencé à copieusement s’insulter entre deux toasts au saumon, vous verrez débarquer le couple de cousins éloignés, Thomas et Nadège, accompagnés de leurs deux adorables bambins hyperactifs ( au regard vide et aux cris perçants ). Des personnes charmantes qui pensent toujours à apporter du champagne mais qui ont malheureusement oublié d’éduquer leurs enfants. Résultat ça court, ça crie, ça fait tomber des trucs et au bout de six minutes vous devez vous faire violence pour ne pas décocher une bonne beigne au plus jeune des deux qui s’accroche brutalement à votre chaise à chaque fois qu’il passe à proximité de la table, vous faisant à moitié renverser votre verre sur la nappe de Marie-Laure. Quand l’aîné met la main sur une boite d’allumettes vous commencez à jeter des regards implorants vers les géniteurs irresponsables mais la plupart du temps ils se contentent de vous ignorer royalement. Ainsi vous vous retrouvez obligé d’offrir un sourire nerveux et figé aux parents pendant que les deux mioches démontent l’appartement sous votre regard impuissant et que votre grand père atteint de la maladie d’Alzheimer a furtivement commencé à beurrer la télécommande…


Ah! En effet, ils seront nombreux les moutons noirs qu’on tente toujours vainement d’oublier.
Rita la trentenaire prof de yoga et nymphomane avec son nouveau mec celui qui porte ses tongs même en plein mois de janvier et qui bouffe bio ..
Il y aura aussi le vieil oncle libidineux qui bien que vous soyez du même sang, ne pourra décidément jamais se résoudre à vous regarder dans les yeux.
Et puis votre neveu kevin , l’ado dépressif qui a viré gothique pendant l’été( ou plus exactement « gotchique » pour plus de renseignement s’adresser à gromovar )celui qui reste au bout la table le regard sombre derrière ses cheveux gras en sirotant un coca ( ouh! le rebelle )
Ou encore Lisa la cousine en plein âge ingrat dont le système pileux semble hors de contrôle et Qui ressemble de plus en plus à une marionnette du Muppet Show.

Bref…


Et puis tout au fond du salon, sur le canapé deux sociopathes plus tellement éclairés ( en tout cas moins que le sapin )
Assise les yeux fixés dans le vague, Brünnhilde avec ses cheveux en bataille et son vieux jean, qui a cette année encore, évité l’ulcère à l’estomac de justesse . Elle mange des chips en repensant à ses Noëls passés car comme tous les amoureux de Baudelaire ( bien qu’elle ne l’avoue pas ) elle pleure son enfance entre deux nuits blanches. A coté d’elle, Wotan se ruine doucement au martini blanc en parlant d’opéra et de peinture. Un des deux morveux passe non loin de lui le visage maculé de gâteau, il lui adresse une moue vaguement dégoûtée et tourne la tête vers sa comparse, ils échangent un sourire en coin. Les choses pourraient être pire, ils pourraient ne s’être jamais rencontrés et alors le monde autour d’eux aurait été beaucoup moins drôle. Épaule contre épaule Ils rigolent intérieurement, comme chaque année, ils vont s’offrir des livres…
Et tout va continuer comme si de rien n’était jusqu’au Noël suivant.



Brünnhilde