samedi 28 février 2009

James et les blaireaux

C’est parti pour la petite bande son des vacances, sachez avant tout que je reviens à peine de la capitale où Wotan m’a gentiment servi de guide ( depuis on n’a plus de nouvelles de lui, certains disent qu’il a attenté à sa vie mais on en n’a aucunes preuves)


James Hunter


Je vais vous faire une confidence je suis amoureuse de James Hunter… si vous aimez la musique noire ou que vous regrettez le bon vieux swing des années 60 alors attention le bel anglais de 46 ans risque aussi de vous faire chavirer .
Par contre ne vous étonnez pas si son nom ne vous dit rien , James Hunter n’est pas friand des grosses promos et il ne cherche pas à vendre à tout prix , il se contente de faire sa musique et ses chansons sans se soucier une seconde du succès ou de ce qui se trouve être en vogue .La soul est un style qui m’a toujours parlé, bien que je ne sois pas une spécialiste, je reste une vrai adepte de chanteurs comme Ray Charles, Marvin Gaye ou The Temptations .
Du coup bien sûr la première fois que j’ai entendu la belle voix chaude du soul man britannique ( que je pensais être celle d’un afro américain ) j’ai littéralement fondu sur place . Je me suis donc précipitée sur Internet pour savoir qui était à l’origine de mon trouble, après avoir glané quelques infos plus ou moins bien traduites par mes soins ( yès of course Aïe spike inglish ) j’ai fait des pieds et des mains pour me procurer un de ses albums.
J’ai finalement mis le grappin sur « The hard way » pas le meilleur de ses disques selon les puristes ( le top du top étant « People Gonna Talk» ) mais peu importe j’adore cet album . Oui je suis totalement accro et quand personne ne fait attention à moi je fredonne « Strange But True » ou « Jacqueline ». Pour moi qui suis une angoissée de la pire espèce cet album est un petit moment de paix entre deux brûlures d’estomac.
Alors certains dirons ( je ne citerai aucun nom ) que c’est trop old school mais peu importe ! A mes yeux James hunter reste le plus envoûtant des anachronismes et si nous étions en 1960 je graverai mes initiales sur son 45 tours ! Na!






Découvrez James Hunter!


Les Blaireaux





Passons du côté de la chanson française, contrairement à ce que pensent pas mal de mes congénères, je ne me suis pas arrêtée à Brassens ou à Brel , non , la nouvelle scène française a elle aussi toute mon attention surtout quand elle me permet de découvrir des groupes comme « les blaireaux » . Joli nom n’Est-ce pas ? La première chanson que j’ai entendue d’eux « des moustaches a la nietzsche»m’a tellement plu que je n’ai cessé de l’écouter en boucle ou même pire de la chanter ( aha et oui !) toute la semaine !!!
Une bonne musique ( qui vous reste dans la tête environ 3 jours ) des paroles originales et drôles, j’étais curieuse de voir si ils étaient capables de tenir la distance sur tout un album…et bien oui , ils y arrivent sans problèmes, avec des chansons toutes plus délirantes et décalées les une que les autres ! Ils savent jouer de tout ce qui fait les beaux jours de la nouvelle scène française.

Ça a des airs de Benabar chaque texte est un peu comme un mini scénario, alors bien sûr si ce genre de musique vous laisse froid passez votre chemin .Le groupe s’est d’abord fait remarquer en faisant des reprises, puis est passé un peu plus tard au compos personnelles, leur présence scénique et ce côté déjanté ont eu vite fait de leur forger une solide réputation de « groupe de scène ». Alors que vous dire, allez les voir en concert ou achetez leur dernier album , mais surtout écoutez donc leurs conseils et faites comme eux pour vivre heureux, vivez perché !




Découvrez Les Blaireaux!

Brünnhilde

dimanche 15 février 2009

Glass, Les Enfants terribles

Pour changer, je vais parler de musique, mais de musique que tout le monde connaît ! Si, si : Philipp Glass !

Quoi ? Vous ne connaissez pas ? Tout de même, je suis sûr qu'une petite génération bercée par La Belle et la Bête (de Cocteau, pas le honteux Walt Disney) a tressailli en voyant ce nom (mais je ne dirai pas s'il s'agit d'un tressaillement de plaisir ou d'effroi). Même aujourd'hui il y a une vague de glassiens incontrôlables qui revient (mais je ne dirai pas non plus le pourcetage d'entre eux qui est sous Prozac)...


Bref, vous l'avez compris, je ne voue pas un culte aux minimalistes répétitifs, Glass le premier. Pour ceux qui ne connaîtraient pas ce style, il s'agit la plupart du temps, toute mauvaise foi mise à part, bien entendu, de jolis arpèges d'accords parfaits qui s'enchaînent les uns aux autres avec une obstination forçant le respect et créant ainsi une élégante atmosphère qui rappellent les plus beaux voyages en ascenceur.




C'est ainsi que, après avoir entendu quelques oeuvres du cher Philipp mais ne voulant pas me résoudre à porter un jugement définitif, j'ai remarqué que son opéra Les Enfants terribles était donné au petit Théâtre de l'Athénée avec des place au prix dérisoire. Il n'en fallait pas moins pour éveiller mes penchants masochistes (qui ne dormaient déjà pas beaucoup) et me voir accourir quelques jours plus tard.
Seulement, je suis très naïf, je croyais enfin pouvoir me faire un avis figé bien confortable sur Glass, mais je crois que je vais être obligé d'en réécouter...
Je sais que Les Enfants Terribles n'est pas son chef d'oeuvre (même des amateurs de Glass m'ont avoué trouver ça ennuyeux), j'essaierai sans doute d'écouter le fameux Akhnaten dont on dit tant de bien.

En jetant un coup d'oreille aux post précédents sur Schreker ou Wagner, vous comprendrez aisément que j'aime les musiques un peu consistantes, et ici la présence de trois pianos a sans doute fait passer un peu la chose, ça m'a semblé moins vide que ce que je connaissais déjà. Le "prélude" et quelques passages uniquement instrumentaux étaient pas mal, pas si simple que ça et avec une écriture pianistique qui m'a semblé assez intéressante, mais dès qu'il s'agissait d'accompagner les voix, ça devenait mortel. La musique reste très illustrative, voire décorative, impossible de se concentrer sur cet élégant fond sonore sans s'ennuyer ; alors on écoute le chant... Mais encore, hormis quelques passages, c'est d'une platitude rare, Glass sacrifie la courbe vocale pour une prosodie proche de la voix parlée ; alors on écoute ce qu'ils disent... Et là, ça dépend du goût de chacun, j'ai bien aimé La Machine infernale, mais il faudra m'indiquer l'intérêt de cette pièce de Cocteau (encore et toujours). Je n'ai peut être pas tout perçu mais avec cette intrigue fade enrobée d'une poésie qui se regarde le nombril, je me pose des questions...
Ceci dit, je continue à trouver qu'il y a des qualités dans la musique : de la poésie parfois, dans les passages instrumentaux, le final aussi assez efficace même si on aurait pu attendre quelque chose d'un peu plus torturé (mais il y a déjà des dissonnances, il faut pas trop en demander). Bref, ça reste ponctuel, la plupart du temps ça se cantonne à une jolie ambiance superficielle, mais je ne désespère pas de Glass !

Quelques mots sur la représentation tout de même, où il faut signaler la performance des chanteurs, qui sont d'ailleurs plus acteurs que chanteurs à en juger par leur technique, mais une diction irréprochable et un jeu plutôt convainquant. Mise en scène avec de jolis effets visuels mais pas passionnante non plus, ça s'accordait finalement bien avec la musique et le livret...


Bref, je sais que le début de l'article (un peu le milieu et la fin aussi) laissent penser que je déteste Glass plus que tout mais en fait ce concert m'a donné un peu d'espoir, m'a laissé entrevoir des bribes d'intérêt diluées dans une heure et demie d'ambiaces surannées.

Wotan

mardi 10 février 2009

Schreker, Die Gezeichneten


Aujourd’hui, pour les amateurs de classique qui traîneraient dans le coin, présentation d’un compositeur relativement méconnu et d’un DVD.

Méconnu n’est sans doute pas le terme, son nom est familier de la plupart des mélomanes un peu curieux, il est joué de temps à autre au concert et a été gravé plus d’une fois… Mais force est de constater que lorsqu’on prononce le nom de Schreker, ça évoque plutôt un ogre vert ou bien quelque personnage d
e Star Trek.
Je ne vais pas tenter ici de réhabiliter la réputation d’un compositeur génial longtemps dénigré, d’autres l’on déjà fait bien mieux que moi, mais c’est assez édifiant de lire dans Histoire de la Musique Occidentale des Massin, au milieu d’un paragraphe d’une dizaine de lignes dans ce pavé de 1300 pages, « il était un compositeur de médiocre envergure (il ne sut jamais trouver de style personnel) ». Inutile de dire que c’est on ne peut plus faux, lorsqu’on le côtoie un peu un reconnaît très vite sont style très dense, aux harmonies miroitantes, fourmillant de phrases musicales et en même temps sensible aux textures orchestrales. Je sais que tout le monde n’est pas d’accord avec moi, mais si je devais le comparer à un auteur, ce serait certainement Huysmans. Un Huysmans un peu sage, moins venimeux, mais dans ce style à la fois très fluide et granuleux, extrêmement coloré et avec des sommets incroyables comme chez Wagner. La comparaison n’est pas innocente, il s’agit bien de deux décadents. Je ne vais pas m’aventurer dans des définitions stylistiques qui me dépassent mais le décadentisme est, en gros, un mouvement artistique du début du XXe dans lequel on peut trouver, par exemple, Richard Strauss (le compositeur d’Elektra, pas Johann l’aimable auteur de valses viennoises). Il e
n est le plus connu, mais il en existe bien d’autres qui se sont beaucoup inspiré de lui, poussant le plus possible son esthétique postromantique aux harmonies torturées, son raffinement extrême en même temps que son épanchement presque incontrôlable et sa complexité.
Bref, son chef d’œuvre, Die Gezeichneten (qu’on peut traduire par Les Stigmatisés ou Les Réprouvés) est l’opéra de la décadence, de par son style mais aussi son sujet : on plonge l’Italie du début du XVIe où un homme très laid, bossu, a utilisé sa fortune pour créer une île paradisiaque aux architectures rutilantes et aux jardins somptueux, peuplée de faunes dansant nuit et jour. Mais Alviano n’ose y aller, de peur de profaner un tel lieu de sa laideur, alors ses amis issus d’une noblesse un peu dégénérée en profite pour y organiser des orgies en enlevant les filles des aristocrates de la ville. Je ne vais pas tout vous raconter, mais il y a ensuite une histoire d’amour un peu étrange entre Alviano et la jeune fille d’un aristocrate, Carlotta, qui donne un duo psychanalytique magnifique au deuxième acte sans jamais tomber dans la mièvrerie. S’en suivent évidemment des rebondissements et intrigues un peu glauques, propres à tout bon opéra…

Bon, j’ai déjà fait une jolie tartine, je pense que je peux commencer ma critique du seul DVD des Gezeichneten existant : celui dirigé par Kent Nagano et mis en scène par Nikolaus Lehnhoff.

Tout d’abord la direction de Nagano est très soignée, poétique, attentive aux t
extures et couleurs mais parfois un peu trop sage et ne rend pas bien compte des audaces ou de la modernité de la partition.
C'est un peu la vision qu'offre aussi la mise en scène de Lehnhoff, esthétisante avec ce grand décor symbolique et tous ces éclairages (d‘ailleurs superbes). L'aspect décadent est bien mis en valeur par cette immense statue effondrée qui prend toute la scène, dans une matière qui rappellerait une pierre décrépie, et ces arcades qui l'entourent, on sent comme une grandeur qui s'étiole. Et puis les costumes sont plutôt réussis, des espèces d'influences de costumes aristocratiques des siècles précédents ou même d'armures de chevaliers dans des matières modernes, le tout dans un noir très sobre mais élégant. Par contre les chanteurs ont l'air de
crever de chaud là dedans, ils transpirent comme des bœufs.
L'idée de transformer Alviano en un espèce de travesti est plutôt intéressante puisque ça ne tombe jamais dans la caricature et ce n'est pas non plus énoncé de manière trop évidente ni vulgaire.
Brubaker, qui interprète Alviano, est déjà laid, mais sa voix aussi (sans être mauvais non plus) donc ça reste cohérent… C’est un peu étrange car vocalement il est engagé mais théâtralement il y a des hauts et des bas : pendant son deuxième duo avec Carlotta, tandis qu'il n'a que peu de répliques, c'est tout à fait convainquant, mais le troisième acte où il change totalement de jeu (d'ailleurs le changement de costume n'est pas des plus subtils) sa panique sonne faux, son délire face à Carlotta à la fin encore plus.
Il faut dire que ce dernier acte m'a semblé particulièrement mal réalisé, sans urgence, la mise en scène offre une peinture trop sobre de cette île qui est censé être exubérante, orgiaque, mais ici on ne voit que des faunes à demi nus marchant le plus lentement possible, on reste trop dans la même esthétique que les deux premiers actes.
D'ailleurs la Carlotta de Schwanewilms m'a beaucoup plu, mais on est ici beaucoup plus face à une femme très séduisante et jouant avec cela (comme lorsqu'elle met littéralement Salviano à nu pendant leur duo du deusièpme acte) qu'à la jeune fille un peu froide et mystérieuse du livret. Ca reste très intéressant, et c'est surtout interprété magnifiquement, mais ça perd de sa force lors du changement d'état d'esprit du III.
J'aime décidément beaucoup Michael Volle, très impliqué scéniquement et vocalement, mordant dans tous les mots, il est impressionnant en Vitelozzo, le gros méchant de l‘histoire….
Et puis l‘un des gros soucis se sont les coupures dans la partitions : l‘opéras est censé durer une bonne demi-heure de plus ! Des scènes ont été entièrement supprimées, donc certains personnages secondaires, et le début du troisième acte qui peint superbement l‘île a été amputé d‘une bonne partie…
La mise en scène se centre sur l'action entre Carlotta et Alviano, en rajoute un peu en montrant les nobles décadents venus faires leurs orgies comme des pédophiles, pour créer un malaise supplémentaire, mais ce n’est vraiment pas pertinent.


Je crois avoir fait à peu près le tour, donc une mise en scène très belle, avec ses défauts mais globalement efficace, et malgré les coupures ce serait dommage de se passer d'une œuvre aussi incroyable et aussi bien servie. Véritablement à connaître !


Je vous offre au passage un petit extrait : il s’agit du Prélude du premier acte, qui expose le thème de l’opéra dans cette espèce de demi-teinte superbe.




Wotan