mardi 26 octobre 2010

Chronique d'une haine peu ordinaire n°15

Et Dieu créa la Fac




Je ne suis pas d’une nature perverse, non, pas totalement…Pas autant qu’on semble le penser. Mon esprit est relativement sain, bien que Sade et Bukowski soient passés par là. C’est vrai, je m’en sors bien ! Je n’ai jamais violé personne, je ne porte pas de latex, je ne pratique pas la strangulation érotique et je ne tripote pas les enfants… Je suis d’ailleurs très fière de mon self-control et je pense pouvoir dire sans me vanter que je suis d‘une remarquable pureté…enfin…presque…

En début d’année, nous découvrîmes sur notre emploi du temps que nous avions quatre heures de poésie…Poésie…que ce mot est doux à l’oreille de l’élève de lettres modernes…Néanmoins malheureusement à l’université , quand la matière est alléchante le prof est à chier…
Donc, comme la fac est une machine à broyer les illusions, nous nous attendions à voir arriver un petit chauve ennuyeux et bedonnant avec un défaut d’élocution.
Quelle ne fut pas notre surprise quand monsieur « C », sorte de croisement improbable entre Daniel Craig et Jeremy Irons, fit irruption dans la salle en demandant d’une voix suave «  vous êtes bien là pour le cours de poésie ? ».

Après le cercle des poètes disparus, bienvenu au cercle des élèves éperdues…

Êtes-ce possible ? Un prof à la fois drôle, sexy et brillant ? Et qui enseigne la poésie en plus ? Non mais sérieusement, il ne pouvait pas se passionner pour autre chose ! Le tuning ou la collection des canettes de bière !
Nous voulûmes détourner nos yeux de cette apparition diabolique, mais hélas il était déjà trop tard !

l'Éternel fit tomber sur nous une pluie de soufre,de feu  et d’idées perverses !
Néanmoins Abraham, qui n’avait rien d’autre à foutre car il était en RTT, se tourna vers l’Éternel et lui dit :

« Peut-être y a-t-il cinquante…bon non cinquante c’est trop, je retire…disons cinq justes au milieu de cette classe de dépravées : les feras-tu périr aussi, et ne pardonneras-tu pas à la classe à cause des cinq justes qui sont au milieu d'elle ?  »

L’Éternel répondit

«  Écoute, franchement, Si tu trouves cinq justes au milieu de cette classe , moi je démissionne. »


Ô SEIGNEUR !!!Dis moi qui a eu l’idée de placer un cerveau de normalien dans un corps d’acteur de série américaine !!!

On ne met pas un type comme ça au milieu d’une classe composée de 95% de filles ! Surtout quand les filles en question ont passé la moitié de leur vie à côtoyer des garçons qui pensaient que Verlaine était le nom d’une tisane.
C’est cruel, c’est injuste, c’est dégueulasse !

Est-ce dieu qui me met ainsi à l’épreuve ? Veut t’il éprouver ma foi en envoyant sur ma route cette créature diabolique…

Que va-t-il advenir de moi ? Vais-je mourir d’un « accident auto-érotique » comme David Carradine? J’en doute car je ne suis pas assez souple…

Dans ces moments de trouble, il ne reste plus qu’une seule issue, la prière:

 Hum hum…Notre père qui êtes au cieux…vous n’êtes qu’un sale sadique détraqué et sénile. Et si votre règne arrive et que nous avons le malheur de nous croiser je vous foutrais mon poing sur la gueule !!! Au lieu de me refiler du pain comme à un putain de moineau, je préfèrerais que vous me faxiez les prochains numéros de l’euro million afin que je puisse sombrer définitivement dans l’oisiveté la plus navrante. Si vous avez une minute à vous, faites en sorte que je ne succombe pas à la tentation , car violer un prof d’université, ça fait toujours mauvais genre.

Amen

PS: Vous connaissez la dernière trouvaille du Vatican ? Apparemment maintenant, les apparitions du pape seront payantes. Du moins ça a été le cas en Grande Bretagne… J’ai peur que cette idée ne soit pas très judicieuse, surtout si elle a pour but de ramener les brebis égarées dans vos églises. Car il ne faut pas oublier une chose, pour les brebis aussi c’est la crise. Et aux dernières nouvelles, la foi ne paye pas le loyer.
En plus franchement, entre nous, quitte à payer pour voir un type en robe parler avec un accent bizarre, autant allez au putes.


Je viens de commettre un terrible blasphème, j’en ai pleinement conscience! C’est très mal ! Je vais me flageller ! J’espère que dieu me pardonnera mes offenses, comme il est censé le faire…sinon je m’en fous, je vais voir la concurrence, je me convertis au bouddhisme!

Brünnhilde

mercredi 20 octobre 2010

Immersion totale d'une sociopathe dans la médecine du travail

Je fouille nerveusement dans les poches de mon jean pour trouver un peu de monnaie afin d’acheter un ticket de métro. Il ne faudrait pas que j’arrive en retard, ça la foutrait vraiment mal, dans ma tête je repasse en revue le peu que je sais sur la médecine du travail.

La veille j’avais appelé un ami, insomniaque lui aussi, pour lui demander de me briefer un peu sur le sujet… Il m’avait raconté deux trois anecdotes sans grande conviction, derrière lui j’entendais « les clash » chantant «  rock the casebah » en sourdine et j’avais fini par le laisser tranquille de peur qu’il s’endorme sur le combiné.

Je finis par atteindre le lieu de rendez vous. J’aperçois une Clio bleu, c’est celle de Philippe Larue, je presse le pas.

Je m’engouffre à la hâte dans la voiture et boucle ma ceinture de sécurité. J’évite de dire à l’homme qui pianote nerveusement sur son I phone, qu’il est tout de même tombé sur la pire copilote de l’histoire de l’humanité.
En effet avec ma myopie, je suis quasiment incapable de repérer un panneau routier à part si on me tape sur la gueule avec…et encore ce dernier point reste à prouver…( ou pas, car je tiens à mes dents)

Après moult pérégrinations ( ça c’est un mot qui a de la gueule ) nous arrivons enfin à destination . C’est un petit bâtiment aux murs clairs à l’entrée de la zone d’activité de Martigues. Philippe Larue pousse la porte, je le colle comme son ombre. La salle d’attente est bondée. Chacun passe le temps comme il peut, certains feuillettent de vieux magazines sans grande conviction, d’autres fixent le mur d’un air absent.
Après qu’une secrétaire particulièrement perfide ait tenté d’usurper l’identité du médecin que nous devions voir ( ce qu’elle niera d’ailleurs farouchement, la fourbe) nous décidons d’attendre à l’extérieur qu’on puisse nous recevoir.

Les gens ayant fini leur visite acceptent de nous consacrer un peu de leur temps.
Un cordiste passe quelques minutes à nous parler de son boulot en tripotant nerveusement sa cigarette, difficile de lui donner un âge avec ses yeux clairs et ses traits taillés au couteau.
Et puis il y a cette petite femme pâle et fragile, atteinte d’une polyarthrite qui s’exprime avec une voix douce et mal assurée.
Si aucun d’entre eux n’est au courant des réformes menées par le gouvernement sur la médecine du travail, le sujet ne les laisse néanmoins pas indifférents. Leurs avis sont aussi divers que les raisons qui les conduisent ici. Et si certains affirment que ces visites sont cruciales, un ouvrier nous avoue en souriant qu’il trouve ça « carrément merdique ».

Après ces brèves rencontres et quelques notes au stylo vert dans un carnet. Nous somme reçus par Madame Évrard ( la vraie ) qui est médecin du travail depuis plus de trente ans.

Elle est franche et directe. Elle connaît la réalité du boulot et en parle sans détours.
Oui, elle voit des gens au bout du rouleau, elle en voit même beaucoup. Pour tout dire, de plus en plus ces dernières années. Ses dires confirment ce que l’on entend à longueur de journée sur la tension qui règne dans la plupart des entreprises. Et surtout sur cette logique de profit maximum qui finit par broyer les employés.
C’est triste à dire mais aujourd’hui ce ne sont plus seulement les substances toxiques qui font du lieu de travail un environnement pathogène. D’ailleurs, sur ma chaise, je me suis mise à penser aux gens que cette femme a dû croiser au fil de sa carrière. Son boulot est-il vraiment, comme elle le dit, moins éprouvant que celui d’un urgentiste ?
Est-ce mieux de voir des types tellement bousillés par leur job, que le quitter devient la seule issue envisageable pour sauver leur peau. Quand un médecin vous dit, mieux vaut envoyer quelqu’un au chômage qu’à la mort, ça fait froid dans le dos…

En plus d’être une femme lucide, Madame Evrard est une femme de poigne ( oui vous l’aurez remarqué, je suis fan) et il lui arrive de monter au créneau afin de réinstaurer le dialogue au sein d’une entreprise ou de désamorcer des conflits. D’ailleurs quand on voit sa détermination, je vous assure qu’on a pas envie de la contrarier…

Mais malgré toute l’énergie qu’elle déploie, il y a des situations sans issues. En effet pour certaines boites, améliorer les conditions de travail s’avère trop coûteux et pourrait être synonyme de faillite…Là je sens bien que je vous déprime et croyez moi de mon côté ça ne m’a pas franchement fait marrer non plus.
Surtout que j’ai gardé le meilleur pour la fin. En effet, il arrive que parfois, afin que certains sous-traitants puissent accéder à des sites Pétrochimique, les médecins du travail se retrouvent à signer ( tenez vous bien ) des certificats de non contre-indications aux risques cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction…

Bien que mes connaissances en médecine soient fort rudimentaires je ne suis pas non plus totalement niaise. Il est juste aberrant de faire signer un tel papier à un médecin. Car en cas de problème ( ce qui est d’ailleurs plus que probable) c’est vers lui qu’on se tournera. Mais une fois encore, la situation est sans issue car sans ce papier, le salarié se retrouve dans l’impossibilité de faire son job. C’est pour ça que des médecins qualifiés et totalement conscients de l’absurdité de la chose, se retrouvent à approuver ( excuser moi le terme) de telles conneries.
Oui je sais…si ce n’était pas aussi dingue et absurde ça pourrait presque être drôle.
Mais malheureusement quand ce genre de sujet prête à rire, c’est plutôt mauvais signe.

En résumé cette journée fut plutôt enrichissante. Déjà parce que je suis revenue de Martigues un peu moins bête qu’en arrivant, ça c’est plutôt bien. Et surtout parce que c’est bon de voir qu’il existe des gens qui s’investissent dans leur job et le font avec passion.

Brünnhilde

vendredi 15 octobre 2010

Xavier Dolan - Les Amours imaginaires


Vite, vite, avant qu’il ne soit plus en salle il faut que je vous parle de ce film, ma dernière excellente surprise cinématographique (et elles sont rares, vu mon exigence pour cet art si souvent bafoué, et vu mon inculture surtout…) !



L’histoire n’est pas ici extrêmement originale, ça a déjà été de nombreuses fois relevé - un triangle amoureux, une ambigüité troublante, les affres de la passion et de la jeunesse - mais Xavier Dolan traite tous ces thèmes avec suffisamment de sensibilité, de pudeur, de distance et à la fois d’implication pour signer une deuxième film encore très personnel.
Oui, deuxième film, parce que le réalisateur n’a que 21 ans (il y a de quoi être complexé) et avait déjà ébouriffé Cannes l’année dernière avec J’ai tué ma mère. Depuis celui-ci, la technique s’est affermie, le style et la plastique se sont raffinés, et s‘il continue encore ainsi, vu la qualité amplement supérieure à ce que peuvent faire la majorité de ses ainés, on risque de voir venir de véritables chefs d‘œuvre.
Visuellement, c’est toujours très très étudié : l’on se retrouve ahuri du travail sur la couleur où tous les vêtements, les décors, les objets sont assortis avec soin, réunis de manière à créer des ambiances ou des contrastes plus ou moins marqués, et cela en faisant toujours sens avec l’action. Rien que ça, c’est admirable.
La bande-son aussi, évidemment ! Cet élément souvent relégué au deuxième plan, entre bruitages vulgaires et musique indigente pour combler le vide d’idées… Non, ici chaque son est pesé avec soin, la musique est de grande qualité, variée (de la techno à Dalida en passant par Wagner [forcément il marque des points]) utilisée avec parcimonie, et intelligence bien entendu.

Côté acteurs, Xavier Dolan semble presque aussi bon devant que derrière la caméra, accompagné de la belle Monika Chokri, qui exprime à merveille toutes les tensions et tourments amoureux. On croirait que le rôle de l’éphèbe impalpable a été écrit pour Niels Schneider (et c’est sans doute le cas), prêt à faire fondre n’importe qui. Mais surtout, c’est la complicité, l’entente véritable qui semble exister entre les acteurs qui leur donne tant de profondeur et de vérité. On sent que tourner à dû être un bonheur.
Il faut tout de même noter la brève intervention de Anne Dorval (parfois connue sous le nom de Criquette) qui jouait déjà génialement la mère dans le premier film de Dolan, ici comme un clin d’œil.

D’ailleurs, des clins d’œil, il y en a beaucoup - j’ai failli oublier ! Le jeune réalisateur n’oublie pas ses modèles et ses sources d’inspirations variées comme Cocteau, Pollock, Gropius, le Bahaus, et sans doute encore beaucoup que je n’ai pas remarqué…
Tout cela agrémenté d’un humour fin mais très efficace (pas seulement à cause de l’accent québécois), une certaine légèreté qui permet à l’œuvre de pas tomber dans le premier degré absolu et maladroit.


La même semaine sortaient Les Amours imaginaires et Kaboom, deux films qui, à en lire seulement les synopsis, parlaient à peu près de la même chose. Il suffit pourtant de regarder les deux bandes-annonces pour déceler le vrai film de la comédie pour ado qui se cherche. Un des deux réalisateur a compris que le cinéma était un Art, que l’on devrait l’aborder de la même manière que l’on va au théâtre, à l’opéra ou au musée ; pas comme on va au stade ou qu‘on allume sa télé.


Wotan