Vite, vite, avant qu’il ne soit plus en salle il faut que je vous parle de ce film, ma dernière excellente surprise cinématographique (et elles sont rares, vu mon exigence pour cet art si souvent bafoué, et vu mon inculture surtout…) !
L’histoire n’est pas ici extrêmement originale, ça a déjà été de nombreuses fois relevé - un triangle amoureux, une ambigüité troublante, les affres de la passion et de la jeunesse - mais Xavier Dolan traite tous ces thèmes avec suffisamment de sensibilité, de pudeur, de distance et à la fois d’implication pour signer une deuxième film encore très personnel.
Oui, deuxième film, parce que le réalisateur n’a que 21 ans (il y a de quoi être complexé) et avait déjà ébouriffé Cannes l’année dernière avec J’ai tué ma mère. Depuis celui-ci, la technique s’est affermie, le style et la plastique se sont raffinés, et s‘il continue encore ainsi, vu la qualité amplement supérieure à ce que peuvent faire la majorité de ses ainés, on risque de voir venir de véritables chefs d‘œuvre.
Visuellement, c’est toujours très très étudié : l’on se retrouve ahuri du travail sur la couleur où tous les vêtements, les décors, les objets sont assortis avec soin, réunis de manière à créer des ambiances ou des contrastes plus ou moins marqués, et cela en faisant toujours sens avec l’action. Rien que ça, c’est admirable.
La bande-son aussi, évidemment ! Cet élément souvent relégué au deuxième plan, entre bruitages vulgaires et musique indigente pour combler le vide d’idées… Non, ici chaque son est pesé avec soin, la musique est de grande qualité, variée (de la techno à Dalida en passant par Wagner [forcément il marque des points]) utilisée avec parcimonie, et intelligence bien entendu.
Côté acteurs, Xavier Dolan semble presque aussi bon devant que derrière la caméra, accompagné de la belle Monika Chokri, qui exprime à merveille toutes les tensions et tourments amoureux. On croirait que le rôle de l’éphèbe impalpable a été écrit pour Niels Schneider (et c’est sans doute le cas), prêt à faire fondre n’importe qui. Mais surtout, c’est la complicité, l’entente véritable qui semble exister entre les acteurs qui leur donne tant de profondeur et de vérité. On sent que tourner à dû être un bonheur.
Il faut tout de même noter la brève intervention de Anne Dorval (parfois connue sous le nom de Criquette) qui jouait déjà génialement la mère dans le premier film de Dolan, ici comme un clin d’œil.
D’ailleurs, des clins d’œil, il y en a beaucoup - j’ai failli oublier ! Le jeune réalisateur n’oublie pas ses modèles et ses sources d’inspirations variées comme Cocteau, Pollock, Gropius, le Bahaus, et sans doute encore beaucoup que je n’ai pas remarqué…
Tout cela agrémenté d’un humour fin mais très efficace (pas seulement à cause de l’accent québécois), une certaine légèreté qui permet à l’œuvre de pas tomber dans le premier degré absolu et maladroit.
La même semaine sortaient Les Amours imaginaires et Kaboom, deux films qui, à en lire seulement les synopsis, parlaient à peu près de la même chose. Il suffit pourtant de regarder les deux bandes-annonces pour déceler le vrai film de la comédie pour ado qui se cherche. Un des deux réalisateur a compris que le cinéma était un Art, que l’on devrait l’aborder de la même manière que l’on va au théâtre, à l’opéra ou au musée ; pas comme on va au stade ou qu‘on allume sa télé.
Wotan

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