Vous êtes jeune, beau, intelligent, fauché, mauvais cuisinier et affamé ? Une seule solution s’offre à vous : le Restaurant Universitaire (ou Resto U pour les intimes) !
Partons pour vous à la découverte de ce lieu insolite…
Tout d’abord, vous devez vous munir de votre Carte d’Etudiant, de Chômeur ou de Glandeur invétéré (mais vous pouvez aussi, comme moi, cumuler les trois) afin de la présenter au surveillant dont le sourire bienveillant est assorti à la chaleur du hall carrelé de gris façon pierre tombale. Vous apercevez alors la queue qui fait deux fois le tour de la pièce avant pénétrer dans la cafétéria et maudissez tous ces imbéciles qui n’ont décidément rien de mieux à foutre que d’aller manger pendant les heures de repas, franchement, quelle idée…
Et ce n’est rien comparé aux jours « spéciaux » pour lesquels s’ameutent les badauds venus de toute la ville. Vous pouvez en contempler les menus sur les superbes affiches vous invitant à « Bruncher » le dimanche ou à la « Spaghetti Party entre amis du samedi midi »… la fantaisie du chef n’a pas de limites !
C’est donc une demi-heure plus tard que, plateau en mains, vous découvrez le menu du jour, établi par des nutritionnistes venus de toute l’Europe pour vous offrir les mets les plus raffinés et équilibrés possibles. Lundi : pâtes, brocolis, poisson - Mardi : pâtes, saucisses - Mercredi : frites, haricots, poulet - Jeudi : pâtes, haricots de la veille, wings (si quelqu’un connait la composition de ces machins, merci de me contacter) - Vendredi : patates, frites, brocolis - Samedi : pâtes, frites, cassoulet, choucroute, hachis-parmentier - Dimanche : pain, eau.
Sachant que tous les jours de la semaine vous avez aussi l’alternative d’une pizza aux ingrédients aussi inattendus que thon, kebab ou tartiflette…
Vous sont même proposés des desserts « gourmands » (hahaha) tels que des yaourts, diverses crèmes aux parfums non-identifiés, de vieilles salades de fruits en cours de lyophilisation ou des tartes aux surprenantes framboises de la taille de mon poing.
Avec tout votre petit repas composé, salivant d’avance, vous vous approchez inexorablement de la caisse. Vous ne pouvez éviter la confrontation avec le Grand Inquisiteur qui condamne votre existence sur cette planète d’un coup d’œil assassin, saisit le billet que vous lui tendez vaguement puis vous lapide de pièces jaunes avant d’achever vos tympans d’un « Au suivant » à faire se retourner Marat dans sa baignoire.
La salle est bondée, tout le monde vous observe, le bruit de vos semelles vous indique que les femmes de ménage se sont encore amusées à nettoyer le sol avec du sirop d’érable, vous êtes exaspéré et honteux d’entendre trois fois de suite un abruti vomissant son « y a quelqu’un » en désignant la personne qui ne se trouve pas en face de lui... Puis, soudain, vous repérez une place libre dans un petit coin bien tranquille. Personne autour, pas trop de miettes, le broc est presque plein...
Mais le repos est de courte durée. S’il y a un taré dans le self, c’est systématiquement en face de vous qu’il viendra s’asseoir. Vous ne savez pas, votre tête leur revient… Tout y passe, du couple de boliviens hystériques qui hurlent « yé té yourrre ké yé vé te lancé lé plat dans la téte » et vous arrose de riz aux petit-pois, jusqu’au tétraplégique dont les bruits buccaux vous rappellent vos plus beaux concours de pets en colo, en passant par le pauvre type qui a l’air de porter toute la misère humaine sur son dos, patouillant dans son assiette avec désespoir et pour qui chaque bouchée est un supplice insurmontable. Vous aimeriez presque abréger ses souffrances en l’étouffant dans sa macédoine prémâchée et prédigérée…
Avec tout ça, inutile de vous dire que vous avalez votre repas en quatrième vitesse et sortez avec cette impression de d’échapper à une longue séquestration dont les séquelles barbotent mollement dans votre estomac engourdi par les substances insanes. Mais après tout, est-ce si grave ? Cela nourrit, c’est l’essentiel…
De toute façon, vous le savez bien, vous reviendrez demain…
Wotan
mercredi 18 mars 2009
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