mardi 28 avril 2009

du côté de chez Fante


"Les compagnons de la grappe" de John Fante

John Fante le retour ! après avoir lu « mon chien stupide »  je me disais qu’il serait bon de retourner faire un tour du côté de chez  Fante ( et non de chez Swan comme le chantait une jolie blonde un peu poilue ) . Après mure réflexion  j’ai finalement jeté mon dévolu sur « les compagnons de la grappe ».

Le décor est  le suivant ,   une famille américano-italienne  dont le narrateur, Henry un écrivain quinquagénaire, fait bien malgré lui partie.  
Le père, Nick Molise, un poseur de briques de talent,  accumule tout les pires défauts du macho italien , alcoolique, joueur, infidèle, égoïste, brutal, en effet à 73 ans il trouve encore la force de rouer sa femme de coups. C’est justement un peu à cause de ça que l’histoire commence.

« un soir de septembre dernier mon frère m’a téléphoné de San Elmo pour m’annoncer que papa et maman voulaient une fois encore divorcer.

- tu n’as rien de plus original à me raconter ? 
- cette fois c’est pour de vrai, a dit Mario. »

Henry se retrouve donc obligé de faire un retour aux sources,en plus des retrouvailles plus ou moins froides avec ses frères et sœurs , une fois là bas son père réussit à l’entraîner dans ce qui sera sa dernière construction.

Un livre assez bien foutu, parfois un peu plat mais jamais languissant, de plus Fante aborde des sujets assez universels. Les relations que l’on peut entretenir avec ses parents ,  cette impuissance qui fait que peu importe notre âge, un père reste un père  et que sa présence aussi pesante soit-elle est un repère indispensable .je pense à un passage particulièrement poignant  ou le narrateur décrit les sentiments qui se bousculent en lui lorsqu il voit son père pleurer : colère , tristesse ,dégoût.
Henry semble déchiré entre ses origines et ce qu’il a toujours voulu être, entre son père et Dostoïevski.   

Les personnages à la fois attachants et détestables semblent être la marque de fabrique de Fante. Nick est une  représentation vibrante des excès à l’italienne, trop de vin , trop de femmes, trop de bruit, qu’on l’aime ou qu’on le déteste on ne peut pas le juger,  c’est un être farouchement attaché a la vie , il est tout d’un bloc  aussi dur  que les briques qu’il pose depuis toujours. 

En résumé le livre n’a rien de vraiment transcendent ( pas de quoi molester un canard) mais il est plaisant, sincère  et ponctué par cet humour un peu grinçant qui m’avait déjà séduite dans "mon chien stupide ".  


Brünnhilde

vendredi 10 avril 2009

Muddy Waters

Muddy Waters ( 4 avril 1915 - 30 avril 1983)

Une guitare, une fine moustache, une voix et une présence uniques : Muddy Waters






J’ai un article de musique sous le coude en ce moment mais ça m’aurait un peu emmerdée de caser un chanteur de cette trempe entre Sliimy et Hugh Coltman.

Comment expliquer l’influence que Muddy Waters a eu sur la musique blues mais même sur la musique en général ( folk, rock , jazz) n’oublions pas que c’est tout de même lui qui a mis le pied l’étrier à chuck Berry et que les Rolling stone choisirent leur nom en hommage à une de ses chansons .

Le blues est une musique qui de par ses origines fait appel ( il me semble ) à des choses assez primaires en nous. D’abord une sorte de douleur fondamentale sans laquelle rien ne peut être , mais aussi des joies , des plaisirs simples et brutaux qui font toute la couleur et l’intérêt de la vie. C’est une musique qui vient du sud des états unis et ça se sent .


La voix de Muddy Waters a quelque chose qui m’a toujours profondément touchée
La première fois que j’ai entendu une de ses chansons, c’était « Gypsy woman », je devais avoirs 15 ans ( oui c’est pas si vieux ) j’ai tout de suite compris que je n’arrêterai jamais de l’écouter.
Pourtant j’ai par la suite découvert d’autres grands chanteurs de blues qui m’ont à leur tour profondément troublée ( John Lee Hooker par exemple) , je suis allée voir les origines de cette musique à l’époque où l’on croyait que Robert Leroy Johnson avait vendu son âme au diable pour acquérir une parfaite maîtrise du blues et c’est vrai que quand on écoute Johnson y’a de quoi avoir des doutes .


Je suis allée fouiner du côté du delta blues ( né dans le delta du Mississippi) où l’on croise des chanteurs comme Son House, mais malgré tout, pour moi aucun ne peut dépasser Waters.
Pourquoi ? Allez savoir, il a été le premier bluesman que j’ai entendu, peut-être que je lie sa voix à la découverte du genre…ou bien c’est peut-être juste quelque chose de physique qui repose sur le ressenti…Parce que quand il lâche un « I’m a man » déchirant dans son micro, ça a une consonance bien particulière, ça raisonne en vous, l‘âme et le corps vibrent de concert , ça veux dire quelque chose.



En tout cas depuis 3 ans, il fait partie des chanteurs que j’emporte toujours avec moi, en vacances, en ville sous la pluie , dans la voiture , dans les couloirs entre deux cours. Quand les choses vont vraiment mal ( grosse période d’insomnie ) le simple fait de l’écouter me redonne du courage et me fait me sentir moins seule ( pas que je sois mal entourée mais à quatre heures du mat’ on est toujours un peu abandonné ).

Voilà pourquoi je fais cet article, pour que peut-être quelqu’un le découvre et à son tour ne soit plus seul, pour ceux qui le connaissent déjà et bien vous pouvez toujours le réécouter ou m’envoyer des mots d’insultes si vous trouvez mon article incomplet (éviter d’être trop méchant car à partir d’un certain point ça m’excite…hum hum, bref…)

On peut ne pas accrocher totalement au blues ( moi-même je suis très loin d’être une spécialiste ) mais il est difficile de nier que cette musique parle de ce qui est commun à tous les hommes, notre simple condition de mortel .












Découvrez Muddy Waters!




Brünnhilde

samedi 4 avril 2009

Bad dreams in the night...




La nuit du chasseur

réalisé par Charles Laughton en 1955

Ahhhhh Robert Mitchum, je ne veux pas insister mais quand même ahhhh ROBERT MITCHUM … je me souviendrai toute ma vie de cette scène dans « River of no return. » où il frictionne Marilyn Monroe avec une couverture, un des grands fantasmes de mon début d’adolescence. Desproges avait dit de lui qu’il faisait « vibrer les femmes amoureuses de l’amour » qu’ajouter de plus ?




Bon pour en revenir au film un petit résumé . Harry Powell un homme charmant , Prêcheur et tueur psychopathe à ses heures perdues, sillonne le pays à la recherche de riches veuves à dépouiller et à charcuter … oui bon,c’est un film noir .
Un jour notre brave Harry se fait arrêter pour un vol de voiture, après avoir été jugé il va purger sa peine en prison. En taule il fait la connaissance d’un condamné à mort qui aurait apparemment caché le butin d’un braquage dans sa ferme. Bien décidé à mettre la main sur cet argent une fois dehors, Harry met le cap sur la ferme de son défunt compagnon de cellule.



La veuve, qui est une jeune femme bien sous tout rapport mais qui n’a néanmoins pas inventé la machine à cintrer les bananes tombe bien entendu sous le charme du prêtre itinérant et l‘épouse ( bon en même temps on la comprend, personnellement Robert Mitchum en soutane moi ça ne m’évoque que le viol et la dépravation ) . Et c’est à ce moment là que les choses se gâtent…tan tan tan .

J’ai pris un réel plaisir à voir ce film, je crois pouvoir dire sans trop m’avancer qu’il n’a pas mal vieilli.
Bien sûr Mitchum est impressionnant et pas seulement de par sa stature, son regard presque transparent a quelque chose qui vous glace , il est malsain et dérangeant, une incarnation du mal endormant les gens naïfs par des discours faussement vertueux.
Et si le personnage d’Harry résume le monde à l’amour et à la haine, comme en témoignent les tatouages sur chacune de ses mains, le film lui est tout en nuances.

Ce qu’il y a aussi de vraiment séduisant dans ce long-métrage c’est son esthétisme, le noir et blanc y est pour beaucoup mais l’utilisation de la lumière et la mise en scène sont ,on le sent bien, réglées au millimètre.
Notamment un passage dans la chambre à coucher entre Harry et la veuve qui est vraiment magnifique . Le jeu de lumière dans la pièce et sur le visage de Mitchum donne à la scène quelque chose d’irréel, un moment suspendu quelque part entre le beau et l’effroyable .



« le beau n'est rien que le premier degré du terrible » s’empresserait de souligner mon prof de philo.




Alors je vous l’accorde le film est peut être moins effrayant qu’au jour de sa sortie,c’est un fait. Mais l’angoisse est pourtant bien présente quand nous assistons impuissants au spectacle de cette jeune femme crédule qui laisse le grand méchant loup s’engouffrer sous son toit.
Alors que les enfants s’endorment, comme le chasseur tapis dans l’ombre , il attend.



« Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous, sous des vêtements de brebis; mais au-dedans, ce sont des loups rapaces. »







Brünnhilde