samedi 24 octobre 2009

1894 - Lorin Maazel

Plus d'un an après l'article de cette chère Brünnhilde sur le roman 1984 de George Orwell, voici son pendant opératique composé par... Lorin Maazel !


Un opéra sur un sujet pareil peut surprendre.
Le livre semble si
proche de nous, si actuel, que sa confrontation avec les clichés de l'opéra (le ténor qui pousse la chansonnette, le chœur de villageois stupides, la madame avec son casque à cornes acclamé pour son contre-ut) dérange quelque peu.
Et pourtant, ce 1984 est une vraie réussite, non seulement par l'adaptation très fidèle et condensée du livret, mais aussi par la qualité de la musique de Maazel et l'interprétation incroyable qui a pu être capturée en DVD - lors de sa création mondiale à Londres en 2005.

Tout d'abord, cet opéra est extrêmement accessible. N'y voyez pas là quelque pédanterie hypocrite, non, je ne pense vraiment pas qu'il soit nécessaire d'être habitué à l'opéra contemporain ou de se lever tous les matins avec le Requiem de Ligeti pour écouter ça.
En réalité, ça se regarde comme un film (certes un peu long, 2h30, mais ce n'est pas non plus excessif).
C'est sa densité et son langage très direct qui le rapproche du cinéma, mais avec quelque chose d'encore plus marquant : la conjugaison de la musique, de la mise en scène et de la performance des acteurs est bouleversante.

La musique de Maazel n'est d'ailleurs pas d'une modernité farouche ; assez frappante au début, peut être un peu rebutante, on s'y habitue très vite tout en restant saisi par ses nombreux effets. Outre son efficacité dramatique (on ne s'ennuie pas une seule seconde !) on remarque des motifs très parlants - Big Broooooother -, des fulgurances, et tout simplement des passages magnifiques, grandes envolées lyriques, comme le duo d'amour au deuxième acte, la séance de stretching ou la toute dernière scène du troisème acte.
L'insertion de chants "populaires" bien tonals au milieu d'une musique torturée (il faut bien que ça colle au sujet...) augmente aussi ce contraste et la puissance de certaines pages, tout en permettant de souffler quelques instants et de créer des ambiances très particulières.

Robert Lepage signe également une mise en scène parfaite, qui colle complètement au livret et en accentue toutes les situations. Les dispositifs scéniques sont en plus assez originaux, avec ces bâtiments pivotants à plusieurs étages, et surtout la conception de la salle 101, tellement évocatrice. En ajoutant que le côté esthétique n'est pas non plus oublié, loin s'en faut, on a du mal à s'en détacher !

Mais c'est du côté des chanteurs que c'est réellement époustouflant : j'ai très rarement vu, aussi bien au théâtre qu'au cinéma (et je pèse mes mots), une prestation aussi engagée que celle de Simon Keenlyside. A ce niveau là ce n'est même plus de l'interprétation, il EST Wilson et l'exprime avec tout son corps sans la moindre retenue. Mais le plus fort, c'est qu'il doit chanter en même temps ! Et là, c'est, comme toujours chez lui, magnifique et brûlant... Une performance qui ne peut pas laisser indifférent
.
Dans le rôle de Julia, on a une Nancy Gustafson un peu plus en retrait, mais bien incarnée elle aussi, sa dernière scène est par exemple vraiment poignante.
Outre ses qualités vocales (le timbre est magnifique, et semble très aisé) Richard Margison est un excellent O'Brien, qui ne tombe jamais dans la caricature du gros méchant, au contraire presque doux, ça ne le rend que plus impressionnant...
Diana Damrau joue deux petits rôles : celui de la prof de gym et de la prostituée, mais qui sont très virtuoses et dans lesquels on sent qu'elle s'éclate complètement. Quelle maîtrise vocale ! Dans le même genre, Brownlee est impressionnant en Syme, les aigus sont magnifiques, même si le jeu reste au second plan.


Bref, un très bon moyen de rentrer dans l'opéra, et plus particulièrement du XXe siècle - puisque malgré sa date de création, il est plutôt stylistiquement encré dans la deuxième moité de celui-ci. Et surtout l'occasion de voir un spectacle incroyable, dont on garde un souvenir très fort, faites-moi confiance...

Wotan

vendredi 16 octobre 2009

La consternation


La Proposition


Parfois il m’arrive d’aller au cinéma à reculons et pas seulement pour mon goût immodéré du risque. Il y a certains films que je vais voir sans envie, simplement pour le plaisir d’aller me blottir seule dans une salle obscure ( c’est une façon comme une autre de disparaître quelques heures ). Cependant parfois, quand on se précipite au guichet sans prendre le temps de regarder les séances, on se retrouve avec un panel de choix assez peut ragoûtant.
C’est ainsi qu’un beau dimanche après midi d’octobre je me suis retrouvée devant « la proposition »

Bon, plantons un peu le décor. Une femme d’affaire aux dents longues dont le passe- temps favori est de traumatiser son assistant, se voit annoncer un beau matin que l’immigration a décidé de la renvoyer par charter au Canada le plus tôt possible.
(Voilà un film sponsorisé par le ministère de l’identité nationale )
N’étant pas vraiment prête à quitter les Etats-Unis, elle décide de faire croire à l’immigration qu’elle est à deux doigts d’épouser un homme dont elle est éperdument amoureuse. Bien entendu elle jette son dévolu sur Andrew, son assistant à qui elle fait miroiter une possible promotion. Pour faire plus vrai, le petit couple ( qui se déteste cordialement) se retrouve dans la famille d’Andrew en plein coeur de l’Alaska…et là les choses se gâtent.
Alors bien entendu le film est plein de faiblesses, l’histoire est un peu bateau ( au début, je t’aime pas mais à la fin oui) , les scènes s’enchaînent sans surprise et tout se déroule de façon assez prévisible . C’est le genre de comédie romantique dont on connaît la fin rien qu’en regardant l’affiche et la plupart du temps c’est assez frustrant de voir à quel point les scénaristes nous gavent de clichés navrants sans le moindre scrupule.

Du côté du casting là aussi c’est pas non plus « l’éclate de la mort » comme dit si bien mon petit voisin du dessus . En effet Sandra Bullock ( contre qui je n’ai rien) flirte un peu trop dangereusement avec la caricature à grand coup de grimaces et de mimiques. Quand au grand dadais qui l’accompagne (Ryan Reynolds )son charisme n’a d’égal que celui d’une brosse à dent. Et c’est là que le bât blesse, on ne peut pas vraiment se permettre de se lancer dans un film aussi prévisible, si derrière, les acteurs ne sont pas là pour rattraper la sauce.
Je pense que c’est ce qui manque cruellement aujourd’hui aux comédies romantiques, des acteurs capables des les porter ( mais où est Julia roberts? ) .

Néanmoins ne soyons pas non plus trop durs, certains moments sont drôles et l’idée de la différence d’âge entre les deux personnages peut être vue comme audacieuse ( Sandra Bullock approche maintenant des 45 ans ). Dans tous les cas, cela reste une comédie légère qui vous distraira sûrement si vous avez des envies pressantes de coup de foudre ou de happy end.


Brünnhilde