Difficile de faire la critique d’un film qui a reçu la Palme d’Or quelques moi auparavant…
Néanmoins, ça me semblait important, justement parce que je ne partage pas forcément l'avis général de la presse.
Réalisation superbe : une photographie très soignée, toujours équilibrée, extrêmement esthétique (ah, la poésie du noir et blanc !) - tout cela me semble indéniable. Il suffit de regarder cette affiche, magnifiquement composée, avec le regard profond de ce jeune garçon qui vous glace en pleine rue et jusque dans les couloirs du métro.
Oui, c’est là l’autre point fort du film : sa distribution. Tous les acteurs, y compris - et surtout - les enfants, sont d’une justesse folle. Poignants et sombres, ils portent véritablement toute l’histoire. Et c’est là où le bât blesse. Servi par des tâcherons aux regards moins troublants, à l’allemand moins délicieux, le film tomberait complètement à plat.
Le scénario pourtant est bien construit, mêmes les rares dialogues sont assez réussis… mais les thématiques du secret dans les petits villages, de la cruauté des enfants, de la rudesse de l’éducation dans les milieux très croyants au début du siècle, tout ça me semble usé jusqu’à la corde. Souvenez-vous du film dont nous vous avons parlé ici même, avec Brünnhilde, il y plus d’un an, Dorothy, dont l’histoire était basée à peu de choses près sur les mêmes éléments.
Rien de neuf, donc, et finalement une intrigue qu’on voit venir de très loin, rarement surprenante. Soit, Haneke ne veut sans doute pas faire dans le polar. Mais alors on aurait espéré un sujet traité avec un peu plus de profondeur, de symbolique… La poésie est là, la lenteur du rythme est bien réussi, mais on a l’impression qu’Haneke ne va pas au fond de son propos, l’exploite superficiellement.
Les psychologies ne sont pas superficielles, bien entendu, mais le mystère, le doute, n’est pas suffisamment déployé, on garde tous nos repères et l’on en sort moins retourné que ce qu’il ne "faudrait".
Sans parler de la fin qui, sur fond de contexte (prétexte) historique, frustre plus qu’elle n’ouvre de porte, plus qu’elle n’interroge profondément.
On aurait pu espérer un film certes peu original mais à la réalisation parfaite qui aurait éclipsé tous ses fades prédécesseur. Ce n'est malheureusement pas le cas.
Tout ce que je livre ici n’est évidemment qu’un ressenti, et l’on pourrait argumenter de façon tout à fait opposée. Seulement, la prédominance de l’esthétique sur l’efficacité se fait ici trop sentir et effleure l’exigeant spectateur , gavé de scenarii ineptes tournant à vide, qui se met à rêver d’un peu plus de fond dans un peu plus de forme.

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