mercredi 5 novembre 2008

Tristan et Isolde à Bastille


Tristan et Isolde,
Richard Wagner

Orchestre et Choeurs de l'Opéra de Paris
Direction : Simon Bychkov

Mise en scène : Peter Sellars
Vidéo : Bill Viola

Tristan : Clifton Forbis
Isolde : Waltraud Meier
Brangäne : Ekatarina Gubanova
Marke : Franz Josef Selig
Kurwenal : Alexander Marco-Buhrmester
Melot : Ralf Lukas


Du 30 octobre au 3 décembre - Opéra Bastille.



Une ancienne production reprise ici certainement pour la dernière fois à Paris, il ne fallait pas la rater ! Et puis mon premier Tristan en live, je m'en souviendrai...

La mise en scène est donc bien connue du public (ce qui ne l'a pas empêché de huer Sellars à la première...) et fait toujours autant d'avis partagés. Personnellement, j'ai globalement beaucoup aimé : le principe est de diffuser en fond de scène, sur un énorme écran, des vidéos censées plus ou moins illustrer l'opéra, tandis que la mise en scène est des plus minimalistes (décors noirs, costumes sobres, très peu de mouvements de la part des acteurs).
Petite réserve pour certaines parties vidéos qui collaient plus ou moins bien avec ce qui se passait sur scène et happaient parfois complètement l'attention : les réalisation les plus "figuratives" en fait (acteurs représentant Tristan et Isolde), alors que dès que ça tombe dans l'esthétique quasi-abstrait ça fait de merveilleuses toiles de fond qu'on ressent sans pour autant avoir les yeux rivés dessus. La présence de l'eau dans toute les vidéos est très intéressante, et traduit bien le livret qui est souvent très lié à la mer et aux flux et reflux de la sublime musique de Wagner. Mais pendant tout le premier acte (là où j'ai le moins aimé les vidéos) j'ai trouvé que suivre la vidéo, la scène et les sur-titres demandait un effort de concentration tellement intense qu'on finit invariablement par occulter l'un des trois. Sur scène, ça reste très statique mais finalement tant mieux, ça fonctionne bien, ça n'a pas besoin de bouger dans tous les sens. De toute façon avec la vidéo en plus ça aurait été infernal. Quelques solutions scéniques aussi ne m'ont pas trop convaincu (arrivées et départs de Tristan et Kurwenal au I, carrés de lumière pour illustrer des pièces, absence quasi totale d'accesoires donc Kurwenal qui tue Marke à mais nues) et qui, dans cette même logique d'épuration extrème auraient pu être mieux rendus selon moi, mais ça reste des détails.

Pour ce qui est des chanteurs, la distribution était plutôt idéale :
Forbis en Tristan peu subtil au premier acte, aux aigus un peu criards, mais qui se fait beaucoup plus nuancé au fil du spectacle. En fait c'est même lui plus que Waltraud Meier (une chanteuse dont je suis profondément amoureux) qui m'a fait verser la larmichette pendant le duo du deuxième acte. Bon, Meier c'était évidemment merveilleux, mais je ne l'ai pas trouvé si fatiguée que ça contrairement à ce qu'on entend partout à cause de son âge, il manque certaines notes aigues (elle est mezzo-soprano au départ mais a souvent donné des rôles de soprano comme Isolde) mais on sent qu'elle les tente en sachant très bien qu'elle ne les aura pas, et finalement ça repart. Elle ne se lâche pas complètement mais je ne l'ai pas sentie dans l'économie, ni dans le manque de moyen, juste une incarnation un peu moins enflamée que ce qu'elle a pu donner mais tout aussi convaincante et envoûtante. Vraiment, c'est extrèmement émouvant de l'entendre en vrai, avec son timbre si chaleureux, son phrasé et sa diction si spéciaux... on ne peut qu'être sous le charme !
(En plus je suis allé la harceler à la fin de spectacle pour avoir un autographe, je ne vous raconte même pas à quel point je tremblais...)
Egalement des Marke et Brangäne (ses appels au II !) vraiment magnifiques, de belles découvertes, Kurwenal aussi dans une moindre mesure, ils campent tous parfaitement leurs roles un peu plus secondaire.

La direction d'orchestre de Bychkov m'a semblé tout à fait réussi, peut être pas aussi tourmentée et puissante qu'on pourrait l'attendre, quelques manques de clarté parfois, mais en plus l'orchestre est magnifique, c'était vraiment très coloré (mais j'avoue que mon attention sur l'orchestre précisément s'est un peu estompée pendant la soirée).

Bref, j'ai passé vraiment une soirée magnifique, je compte bien y retourner (deux ou trois fois, eh oui je ne m'en lasse pas ^^) donc je préciserai ou contredirai sûrement quelques élément dont je parle trop rapidement ici !


Ici une petite vidéo où Gérard Mortier, le directeur de l'Opéra de Paris, présente un peu le spectacle, puis un extrait avec la mort d'Isolde (aux alentours d'1:20 pour les impatients). Ecoutez-moi ça, il faut vaiment ne pas avoir de coeur pour ne pas trouver ça beau...


Wotan

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