vendredi 8 février 2008

Chronique d'une haine peu ordinaire n°1

Un matin.
Le froid vous mord les doigts, vous tentez péniblement des les recroqueviller dans vos manches, soufflant dessus dans l’idée incongrue de leur faire perdre cette sinistre couleur violette. Un nuage de buée vous entoure à chacune de vos respirations et vous vous sentez déjà stupide d’être réduit à attendre qu’un véhicule grotesque consente à vos ramasser au passage.
La silhouette imposante se dessine finalement au loin et vous vous assurez de son retard en lançant un vif coup d’œil aux horaires absurdes à peine lisibles sur leur poteau dégarni. L’angoisse se fait alors sentir : vous êtes seul à cet arrêt, tout le monde va remarquer votre présence et vous jauger une fois les marches montées…
À travers le pare-brise glacé, vous apercevez le regard désespéré du chauffeur obligé de mettre son clignotant, de braquer légèrement sur la droite, d’appuyer sur la pédale de frein et enfin de tendre le bras vers le bouton d’ouverture des portes, tout ça pour refaire exactement les opérations inverses une fois que vous serez monté.
Les portes s’ouvrent dans un espèce de soupir obscène, et vous insérez votre carte dans la machine avaleuse dont vous connaissez la mélodie par cœur. Le bus est bondé, l’angoisse augmente. Quelques personnes agglutinées les unes aux autres vous jettent un regard désintéressé tandis que vous pénétrez dans un bain de chaleur moite et suffocante qui vous enserre immédiatement la gorge ; tout exhale ici la transpiration et l’haleine putride, les cheveux gras se collent aux vitres embuées, les toux et éternuements disséminent des miasmes toxiques dans l’atmosphère tropicale, chaque être humain est entouré d’un halo d’aversion qui vous paralyse. Pourtant, vous n’avez d’autre choix que de vous frayer un chemin dans cette masse grouillante…
Vous parvenez enfin, après avoir traversé le bus de part en part, à trouver une place debout, inconfortable, vos épaules côtoyant celles de sinistres badauds et vos mains parvenant à peine à trouver une place libre sur la barre déjà chaude entre les doigts sales de vos éphémères compagnons de route. Les regards fuyants finissent par s’habituer aux visages nouveaux et incongrus qui passent, montent, descendent et s'effacent. Plusieurs fois, le bus s’arrête brutalement et les voyageurs sont projetés les uns sur les autres, le contact se fait inévitable, jusqu’à ce que le moment tant redouté arrive : des enfants montent. Ou plutôt, une horde d’enfants. Ils braillent, jouent, courent, bousculent, rient et parlent fort, tout cela sous le regard bienveillant des mégères séniles et des futures mamans émerveillées.
Mais le pire, ce qui éveille en vous la rage la plus violente, ce sont les discussions voisines que vous subissez. Tout y passe : de l’achat des nouvelles bottes en faux cuir les-mêmes-que-Britney-Spears au nouveau discours de notre chef d’état bien aimé, en passant par Mélissa qui a piqué l’ex à Stéphanie, la garde robe de la prof de français, la vasectomie de mon beau-frère ou l’air qui se fait un peu plus frais ces derniers temps parce que voyez-vous, ma bonne dame, la télé elle a beau dire que la Terre se réchauffe, nous tout ce qu’on voit c’est que ce matin j’ai dû prendre mes gants et que Achille en se levant il avait ses rhumatismes donc c’est qu’il va pleuvoir dans le courant de la journée…
C’en est trop, vous fermez les yeux et imaginez tenir à la main une machette. Le sang gicle, vous exultez. C’est votre instant quotidien de haine envers l’humanité toute entière, alors profitez-en. Bientôt vous descendrez et, une fois le traumatisme oublié, vous recouvrirez votre sérénité habituelle…
Jusqu’au lendemain matin…



Wotan

2 commentaires:

luciolette a dit…

=D
J'avoue que cette description est parfaite mdr
Et tu sais quoi? J'ai une solution pour toi =P je MP3
A cause de ce petit engin qui coute la peau du cul et super fragil tu peu voir les gens parler crier, tu les vois a ta facon, comme une petite comedie musicale avec la chanson que tu choisis
Hihi ^^

Anonyme a dit…

Oh mais la solution du MP3 je l'expérimente depuis quelques temps, mais l'avancée technologique a augmenté le volume et la précision des hauts-parleurs de portables qui éructent maintenant sans arrêt leur "musique" insipide. Rajoute à cela le ronflement du moteur et le vomis oratoire des badauds et ton lied de Schubert en perd tout de suite son intérêt...