mercredi 20 octobre 2010

Immersion totale d'une sociopathe dans la médecine du travail

Je fouille nerveusement dans les poches de mon jean pour trouver un peu de monnaie afin d’acheter un ticket de métro. Il ne faudrait pas que j’arrive en retard, ça la foutrait vraiment mal, dans ma tête je repasse en revue le peu que je sais sur la médecine du travail.

La veille j’avais appelé un ami, insomniaque lui aussi, pour lui demander de me briefer un peu sur le sujet… Il m’avait raconté deux trois anecdotes sans grande conviction, derrière lui j’entendais « les clash » chantant «  rock the casebah » en sourdine et j’avais fini par le laisser tranquille de peur qu’il s’endorme sur le combiné.

Je finis par atteindre le lieu de rendez vous. J’aperçois une Clio bleu, c’est celle de Philippe Larue, je presse le pas.

Je m’engouffre à la hâte dans la voiture et boucle ma ceinture de sécurité. J’évite de dire à l’homme qui pianote nerveusement sur son I phone, qu’il est tout de même tombé sur la pire copilote de l’histoire de l’humanité.
En effet avec ma myopie, je suis quasiment incapable de repérer un panneau routier à part si on me tape sur la gueule avec…et encore ce dernier point reste à prouver…( ou pas, car je tiens à mes dents)

Après moult pérégrinations ( ça c’est un mot qui a de la gueule ) nous arrivons enfin à destination . C’est un petit bâtiment aux murs clairs à l’entrée de la zone d’activité de Martigues. Philippe Larue pousse la porte, je le colle comme son ombre. La salle d’attente est bondée. Chacun passe le temps comme il peut, certains feuillettent de vieux magazines sans grande conviction, d’autres fixent le mur d’un air absent.
Après qu’une secrétaire particulièrement perfide ait tenté d’usurper l’identité du médecin que nous devions voir ( ce qu’elle niera d’ailleurs farouchement, la fourbe) nous décidons d’attendre à l’extérieur qu’on puisse nous recevoir.

Les gens ayant fini leur visite acceptent de nous consacrer un peu de leur temps.
Un cordiste passe quelques minutes à nous parler de son boulot en tripotant nerveusement sa cigarette, difficile de lui donner un âge avec ses yeux clairs et ses traits taillés au couteau.
Et puis il y a cette petite femme pâle et fragile, atteinte d’une polyarthrite qui s’exprime avec une voix douce et mal assurée.
Si aucun d’entre eux n’est au courant des réformes menées par le gouvernement sur la médecine du travail, le sujet ne les laisse néanmoins pas indifférents. Leurs avis sont aussi divers que les raisons qui les conduisent ici. Et si certains affirment que ces visites sont cruciales, un ouvrier nous avoue en souriant qu’il trouve ça « carrément merdique ».

Après ces brèves rencontres et quelques notes au stylo vert dans un carnet. Nous somme reçus par Madame Évrard ( la vraie ) qui est médecin du travail depuis plus de trente ans.

Elle est franche et directe. Elle connaît la réalité du boulot et en parle sans détours.
Oui, elle voit des gens au bout du rouleau, elle en voit même beaucoup. Pour tout dire, de plus en plus ces dernières années. Ses dires confirment ce que l’on entend à longueur de journée sur la tension qui règne dans la plupart des entreprises. Et surtout sur cette logique de profit maximum qui finit par broyer les employés.
C’est triste à dire mais aujourd’hui ce ne sont plus seulement les substances toxiques qui font du lieu de travail un environnement pathogène. D’ailleurs, sur ma chaise, je me suis mise à penser aux gens que cette femme a dû croiser au fil de sa carrière. Son boulot est-il vraiment, comme elle le dit, moins éprouvant que celui d’un urgentiste ?
Est-ce mieux de voir des types tellement bousillés par leur job, que le quitter devient la seule issue envisageable pour sauver leur peau. Quand un médecin vous dit, mieux vaut envoyer quelqu’un au chômage qu’à la mort, ça fait froid dans le dos…

En plus d’être une femme lucide, Madame Evrard est une femme de poigne ( oui vous l’aurez remarqué, je suis fan) et il lui arrive de monter au créneau afin de réinstaurer le dialogue au sein d’une entreprise ou de désamorcer des conflits. D’ailleurs quand on voit sa détermination, je vous assure qu’on a pas envie de la contrarier…

Mais malgré toute l’énergie qu’elle déploie, il y a des situations sans issues. En effet pour certaines boites, améliorer les conditions de travail s’avère trop coûteux et pourrait être synonyme de faillite…Là je sens bien que je vous déprime et croyez moi de mon côté ça ne m’a pas franchement fait marrer non plus.
Surtout que j’ai gardé le meilleur pour la fin. En effet, il arrive que parfois, afin que certains sous-traitants puissent accéder à des sites Pétrochimique, les médecins du travail se retrouvent à signer ( tenez vous bien ) des certificats de non contre-indications aux risques cancérogènes, mutagènes et toxiques pour la reproduction…

Bien que mes connaissances en médecine soient fort rudimentaires je ne suis pas non plus totalement niaise. Il est juste aberrant de faire signer un tel papier à un médecin. Car en cas de problème ( ce qui est d’ailleurs plus que probable) c’est vers lui qu’on se tournera. Mais une fois encore, la situation est sans issue car sans ce papier, le salarié se retrouve dans l’impossibilité de faire son job. C’est pour ça que des médecins qualifiés et totalement conscients de l’absurdité de la chose, se retrouvent à approuver ( excuser moi le terme) de telles conneries.
Oui je sais…si ce n’était pas aussi dingue et absurde ça pourrait presque être drôle.
Mais malheureusement quand ce genre de sujet prête à rire, c’est plutôt mauvais signe.

En résumé cette journée fut plutôt enrichissante. Déjà parce que je suis revenue de Martigues un peu moins bête qu’en arrivant, ça c’est plutôt bien. Et surtout parce que c’est bon de voir qu’il existe des gens qui s’investissent dans leur job et le font avec passion.

Brünnhilde

1 commentaire:

AGC a dit…

Bonjour? je viens de vous lire et j'adore votre humour.