À travers ces descriptions des « amours de [son] ami Raoul de Vallonges », l’auteur semble signer une véritable autobiographie où la première personne, par le biais de divers récits imbriqués, finit par devenir dominante, se fondant étrangement avec la voix du narrateur, observateur cynique de ces déboires sentimentaux . Parce que, oui, l’une des principales qualité de ce roman est aussi son humour acerbe, son sens de l’autodérision qui pointe derrière chaque phrase et crée toujours une subtile distance avec ses personnages ; un peu comme le fait Flaubert par exemple. L’histoire ressemblerait d’ailleurs à une espèce d’Education sentimentale fin de siècle, acide et délavée, sans en avoir pourtant les proportions ni même l’ambition.
Inutile de dire que la langue de Jean de Tinan porte tout cela à merveille, alternant entre des styles froids et tranchants ou de longues arabesques de couleurs miroitantes et fugaces.
Le livre étant assez difficile à trouver, je vous laisse ici le lien Gallica vers le texte intégral (mais aussi son roman suivant : Aimienne, ou le Détournement de mineure – tout un programme !) avant de vous en proposer un court extrait :
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k213800x.pdf
« Et elle partit.
(Oh ! les attentes sur les quais de gares, du train n°8 qui va emporter votre pauvre petit bonheur… !)
Elle agita son mouchoir par la portière, – diminua… diminua… – et tout s’engouffra au tournant.
Je rentrai lentement. Je me mis à table – tout seul.
La mère Suque me consola :
– Faut pas vous désoler comme ça, M’sieu Vallonges, elle était bien gentille et bien mignonne, cette petite dame, mais que voulez-vous… Voyez-vous, M’sieu Vallonges, je dis ça à tous les jeunes gens, – et Dieu sait qu’il en passe au printemps, des jeunes gens qui ont des histoires de femmes ! – je leur dis : faut pas vous attacher… vaut mieux changer plus souvent. Pas vrai ?
– Oui. Certainement...
Je sus très bien jouir de mon chagrin.
Interminables marches à travers la forêt, ou le long de la rivière. Griserie des tristes solitudes d’hiver. Bruit lent du vent dans les branches.
Tous mes éternels lyrismes ; toutes mes ironies ; tous mes lambeaux dépareillés d’anciens rêves ; toutes mes pauvres naïvetés entêtées parmi toutes mes sécheresses (tout ce qui qui vous agace depuis 200 pages), tout cela est repassé en moi à propos de cette petite Jeanne pâle… »
Wotan

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