Je tiens à m’excuser d’avance auprès de nos amis collégiens et lycéens, qui pourraient par inadvertance tomber sur ce petit billet haineux, que m’a dicté mon ego hypertrophié de théâtreuse pédante et sexuellement frustrée. Sachez mes jeunes amis que je n’ai strictement rien contre les 13-18 ans, je ne suis point atteinte d'éphébophobie, en fait je trouve l’être humain abject et ce, à chaque période de sa vie.
Dans mes connaissances, il y a un garçon assez particulier; qui entre deux cuites et deux soirées étudiantes ( pléonasme ) s’amuse à jouer les madame Soleil avec tous ceux qu’il croise.
C’est ainsi qu’un beau matin ce grand couillon à l’oeil vitreux se tourna enfin vers moi pour déclarer non sans une certaine nonchalance :
- Toi, tu vas finir prof !
Je m’y attendais, c’était prévisible, les gens me voient bien devant un tableau noir. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est ainsi. Il faut dire que je porte bien le cartable et la chemise blanche… A moins que cela n’ait un rapport avec mon magnétisme presque animal et cette incroyable éloquence qui ferait pâlir d’envie Ciceron lui-même, si ce brave homme était encore des nôtres…En plus de ça, je suis humble, ce qui ne gâche rien.
Pourtant en toute honnêteté je serais une enseignante des plus abjectes. Je serais élitiste, lunatique, sadique, je ne respecterais pas les programmes, je n’irais pas aux réunions parents profs, je ferais lire Sade à mes élèves et les inciterais à sécher les mathématiques.
De plus soyons clairs. Si au milieu de la lie des lycéens lambda j’avais le malheur de tomber sur un étudiant de valeur, je finirais sûrement par tenter d’abuser de lui…
Mais ne voulant pas rentrer dans ces détails plus que sordides, qui effraieraient le plus endurci des Psychanalystes, je décide de formuler les choses de façon plus décente.
Je lui réponds alors que je ne veux pas être de ceux qui affrontent chaque jour l’obscène stupidité des ados décérébrés suintant le sébum et puant l’arrogance à dix kilomètres !
Apparemment surpris par cette réponse, mon ami se contenta d’hausser les épaules et de déclarer le plus sérieusement du monde.
- oh je t’en prie c’est la planque, ils savent pas leur chance.
C’est vrai quand on y pense…Quelle chance !
Qui n’a jamais rêvé de parler du romantisme à de petits cons goguenards qui préfèrent cent fois se branler nerveusement devant des pornos japonais plutôt que savoir ce qu’était la bataille d’Hernani.
Quel est celui qui en plein milieu d’un cours d’histoire refuserait l’honneur extrême de regarder Stacy, avec son QI de Yorkshire, rire bêtement en braquant son regard vide et charbonneux sur son I-phone dernière génération .
Où est il le fou inconscient qui se priverait volontairement, de la joie indicible qui envahit un professeur de philosophie, quand celui-ci se rend compte tout ému, que ses élèves croient dur comme fer que Claude Lévi-Strauss est un fabriquant de jeans et que l’Épistémologie est le nom d’une maladie vénérienne…
C’est vrai que quand on regarde ces arguments tous plus aguichants les uns que les autres, la tentation est grande. Mais je ne puis me résoudre à embrasser une carrière dans l’enseignement.
En effet ma vie me semble déjà suffisamment tragique pour que je ne pousse le vice jusqu’à faire le choix aberrant de me retrouver volontairement en face d’adolescents alors que je les ai copieusement haïs durant toute mes études secondaires.
Je m’imagine déjà…Au milieu d’une classe de 35 élèves dont 26 redoublants, en train de tenter vainement de faire mon cours de littérature… Comme chaque année je devrais leur faire lire Zola ! ZOLA ! Ce connard qui comprend aussi bien la génétique que moi l’araméen! Ce sadique de Zola ! Moi qui abhorre tant ses grosses œuvres écœurantes et qui préfère cent fois le style superbe et tourmenté de Huysmans !
Lorsque que le plus excité de mes étudiants, fera une commotion cérébrale à un de ses camarades en le frappant avec l’édition Folio classique du « Docteur Pascal », peut être alors me révolterais je ?
- Dylan lâche ce bouquin ! Si tu veux vraiment faire mal à un de tes camarades avec un roman de Zola, lis lui en un chapitre !
- Zola je l’emmerde !
Devant tant d’insolence je dégainerais l’artillerie lourde.
- Dylan donne moi ton carnet ! Tu l’a cherché, tu vas avoir un mot!
Cette arme dérisoire n’empêchera certes pas le minable morveux béotien et médisant de rétorquer sans broncher :
- Mieux vaut avoir un mot que ta gueule !
Alors non, je ne veux pas enseigner… Pas tant que la strangulation et le démembrement ne remplaceront pas les mots et les heures de colle…
* une petite pensée émue et un grand merci à tous les profs qui m’ont passionnée, me passionnent et me passionneront *
Brünnhilde

2 commentaires:
laura, ton goût vestimentaire indique que tu ne peux faire parti du ce groupe très fermé qu'est l'enseignement.
Mais en retour tu n'auras donc pas de magnifiques chansons originales crées par des classes extraordinaires comme nous l'avons fait.
Paix à la TES!
ouais c'est vrai que dépeint comme ça le tableau n'est guère flatteur. ne parlons pas du prof de musique qui fera chanter à ses élèves Mozart l'Opéra rock pensant leur faire chanter un des grands chef d'oeuvre du 21ème siècle. Je porte en moi encore le traumatisme des" rois du monde" extraite de je ne sais plus quelle comédie musicale bringue ballante et n'ayons pas peur des mots merdique. un grand merci à kamel walli ou dove attia pour cette pierrre ajoutée à l'édifice. non moi je pensais plus vu le tableau dépeint de toi à dictateur. je t'imagine bien en train entamant une chorégraphie des plus comiques avec une planète.
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