dimanche 27 avril 2008

Wozzeck - Alban Berg

Bon, une fois n'est pas coutume, je vais vous parler de... musique classique. Eh oui, je sais bien que là, comme ça, au pied levé, ça n'intéresse pas grand monde, surtout après un article engagé de Brünnhilde, je parais complètement déconnecté de la réalité... Mais je ne désespère pas d'éveiller avec un peu de chance la curiosité de quelques uns, de donner envie de découvrir des oeuvres sublimes !
Trêve de nunucheries digne d'un prof de musique pour collégiens en ZEP (poste auquel je risque de me retrouver dans quelques années) et venons à l'essentiel...

Je suis allé voir jeudi 16 à l'Opéra Bastille (wah la classe !) Wozzeck d'Alban Berg, et je me suis dit que l'occasion était bonne de parler à la fois de l'interprétation de cette soirée mais aussi de cette oeuvre remarquable. Wozzeck est donc un opéra écrit par Berg, un compositeur autrichien, en 1925 (désolé si ça fait cours de musique ou un peu Wikipédia mais j'ai pas trop le choix) d'après une pièce de Büchner écrite en 1837 (soit presque un siècle auparavant !). L'histoire en est assez complexe, et a été maintes fois analysée et interprétée, j'espère ne pas trop la vulgariser, mais en gros il s'agit de la vie d'un soldat, Franz Wozzeck, qui a eu un fils avec une prostituée, Marie, et sombre de plus en plus dans la folie. En vérité il ne s'agit pas d'un récit de vie, l'action doit se dérouler sur à peu près une journée, et la situation initiale est déjà perturbante : Wozzeck a déjà un comportement étrange, des hallucinations, et se fait malmener par son général, un parfait imbécile qui ne le comprend pas et se moque de lui. Tout au long de l'opéra, on voit Franz dans divers situations qui nous font comprendre son complet décalage, aussi bien avec ses supérieurs que le médecin, ses « amis » ou sa « famille » (où la mère, après avoir bercé son enfant de trois ans, reçoit un client dans le lit à côté). Bref, le personnage à souvent des propos incohérents, ou complètement farfelus, décrivant ses hallucinations que personne ne semble prendre au sérieux, et c'est ce qui fait l'étrangeté de tout l'opéra : les personnages semblent se rater, ne pas se comprendre les uns des autres, même ceux qui sont censé être sains d'esprit ont l'air complètement perdus... On se sait pas comment Wozzeck est devenu psychotique, s'il est inadapté parce qu'il est fou ou si c'est sa situation qui l'a rendu fou... Donc je vous laisse imaginer l'atmosphère malsaine et étouffante de l'histoire, dans ce cadre glauque entre le bistrot, la ruelle sombre et la maison-close, où évoluent des personnages énigmatiques et se déroulent des scènes parfois drôles, parfois touchantes, mais d'autres fois incroyablement violentes, jusqu'à l'issue finale (que je vous préserve) et une fin d'une cruauté troublante...
La musique, évidemment, colle à cette ambiance dérangeante avec le dodécaphonisme de Berg, c'est à dire une musique atonale, qui ne respecte pas les lois de l'harmonie classique, et crée donc beaucoup de dissonances ou d'étrangetés ; en gros ne vous attendez pas à retenir des jolies mélodies à siffloter sous la douche, c'est tout l'inverse de cela... Elle peut paraître un peu obscure voir désagréable, mais il faut la considérer dans sa totalité, et surtout ne pas être découragé dès le début, l'opéra est assez court (1h30 environ) et le plus intéressant est la psychologie des personnage, et cette ambiance dans laquelle l'oeuvre nous plonge – je défie quiconque d'en sortir sans une boule dans la gorge, cette délicieuse impression de malaise qui vous scotche...
Je vous livre un petit extrait d'un superbe DVD (avec Abbado comme chef d'orchestre), il s'agit de la toute dernière scène, donc vous pouvez regarder la vidéo en entier, sauf si vous voulez garder un peu le suspense et là, je pense que vous pouvez sans crainte jusqu'à 2 minutes :




Wotan

2 commentaires:

Anonyme a dit…

hey
si tu te crois mutan par ce que tu vas a l'opéra t'inquiete! moi jme sens mutante de pas y aller! c'est vrai tout le monde m'en parle et y est deja allé et aime ca! ptet pas tout les jours, mais les gens aiment ça. simplement qu'ils ont honte et son trop con de pas dire qu'ils aiment l'opéra. Alors que toi tu dis tout haut ce que t'aime et c'est vraiment bien. Alors pauvre inculte que je suis il faudra qu'un jour quelqu'un me traine la-bas

Sociopathe Eclairé a dit…

Merci de ton soutien, mais je ne me sens pas un paria ou un marginal simplement à cause de mes goûts musicaux, je n'ai aucun mérite à les afficher ^^
D'aileurs, le pseudo "Lulu" est-il une référence au deuxième opéra de Berg ? :-D
(comment ça je suis monomaniaque ???)